17.06.2008
White Houses
Y a pas à dire, vous êtes réellement fan de cette chanteuse. Allez, encore un clip pour la route, z'êtes chez vous ici, non mais!
20:36 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
Riz au fromage
Et une historiette de plus! En espérant qu'elle vous plaira!
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"Lorsque vous ouvrez les yeux, c’est pour contempler le regard dur d’un garçon armé d’une épée de bonne taille qui semble courir sur un fond aux couleurs psychédéliques où vous croyez vaguement apercevoir ce qui doit être un château. Etouffant un grognement, vous fermez les yeux, vous cachez sous le duvet et attendez quelques secondes qui vous paraissent être autant de longues minutes, au cas où.
Peine perdue : quand vous rouvrez vos yeux fatigués, l’espèce de samouraï est toujours là, en deux dimensions sur votre mur. Dans un coin de votre tête en mode réveil, vous vous demandez pourquoi votre mère n’a pas décroché tous les posters de jeux vidéos et de films de votre adolescence une fois votre départ du nid familial étant donné qu’elle les avait en horreur. Vous reléguez cette question dans un recoin encore plus profond de votre esprit : vous avez depuis longtemps compris qu’une mère était un paradoxe ambulant qui vous étouffait contre son sein pour vous couvrir de baiser avant de lancer une remarque acide sur le retard de publication de votre dernier ouvrage ou sur votre tenue qui ne peut-être que débraillée.
Les cheveux hirsutes, des valises blindées –sans doute en fonte, au minimum- sous les yeux, vous repousser le duvet puis la couverture que votre chère maman a cru bon de venir jeter sur vos épaules alors que vous deviez déjà dormir comme une masse. Vous comprenez pourquoi vous avez rêvé être étouffé par une centaine de pulls en laine… Vous jetez un œil sur votre vieux radio-réveil couvert d’autocollants ; il est midi et lorsque vous sentez l’odeur qui filtre sous votre porte, vous vous demandez une fois de plus si venir passer le week-end dans la maison familiale était une bonne idée.
Assis sur le rebord de votre lit d’un bleu ciel couvert de nuages blancs du plus bel effet, vous grattez férocement votre peau irritée par la laine de la couverture (la fameuse, une toute verte avec de grosses coccinelles rouges et noires qui sourient), encore à moitié endormi. Votre tête vous fait tellement mal que vous avez l’impression d’avoir été piétiné une douzaine de fois par la fanfare municipales, trompettes comprises. Vous vous rappelez vaguement avoir bu quelques verres de scotch avec votre père hier au soir sur le patio, mais sinon, le trou noir.
Et voilà l’odeur qui revient, insidieuse, et qui achève de vous réveiller totalement ou presque. Une odeur dont vous n’arrivez pas à deviner correctement la saveur. Ce qui n’a aucune importance car il s’agit d’une de ces odeurs qui entrent par effraction dans la confortable chaumière de vos sinus, retourne tous les tiroirs, se sert de la salle de bains et va même jusqu’à mettre le bordel dans le grenier qui vous sert de cervelle.
Hoquetant, vous mettez une main devant votre bouche et vous précipitez hors de votre vieille chambre pour courir jusqu’à la salle de bain de l’étage où vous passez bien deux ou trois minutes penché au-dessus de la cuvette, vous demandant si le pire serait de rendre les verre de scotch ou de vous noyez accidentellement dans l’eau des toilettes. Au moins, vous ne sentiriez plus l’odeur…
Hagard, vous sortez un peu palot des cabinets pour descendre dans la cuisine en suivant l’escalier familier ; vous constatez avec un certain plaisir que la sixième marche en partant du haut grince toujours autant. Si vous aviez compté le nombre de fois où elle avait déclenché les jurons de votre sœur trahie par le vieux bois lorsque adolescente, elle se faufilait dans la maison bien après le couvre-feu. Bien évidemment, votre mère au sommeil aussi fragile qu’un service en cristal lui tombait dessus et, si les éclats de voix ne manquaient pas de vous réveiller, vous assistiez avec ravissement à un nouveau conflit familial.
Pour l’heure, le grincement trahit seulement votre aptitude à vous levez tard un dimanche matin. Pieds nus sur le carrelage –tellement froid qu’il vous donne envie de faire des claquettes- vous avancez prudemment dans l’encadrement de la cuisine familiale, méfiant.
« Bonjour mon chéri ! Ce n’est pas trop tôt,, tu émerges enfin ? »
Vous froncez les sourcils, la voix en grande forme de votre mère bien trop agressive pour vos neurones en pagaille. Vous baragouinez un vague « ‘jour m’man » ou quelque chose dans le genre et vous laissez lourdement tomber sur une chaise. Sur la table, les couverts sont dressés pour trois. Visiblement, le dimanche même ne suffit pas à votre mère pour abandonner l’idée d’un dîner correct. Dîner en fin de préparation dont l’odeur est encore plus forte ici, à la source.
« Tu as bien dormi mon coeur ? J’espère bien, avec tout le temps que tu as passé à flemmer ce matin ? »
Vous ne répondez pas, habitué aux mots doux suivis de remontrances. Vous vous attendez presque à ce qu’elle vienne vous tirer la joue comme lorsque vous étiez enfant, mais elle est trop occupée par ses casseroles. Courageusement, vous vous redressez pour voir ce qui dégage un tel fumet, et manquez défaillir.
« Ton père ne va pas tarder, il est au jardin. J’espère que tu as faim ! J’ai arrangé quelques restes qui traînaient dans le frigo. Ce n’est pas avec ce que toi et ta belle mangez dans votre studio que tu vas nous pondre de nouveaux chefs-d’œuvre… »
Vous laissez passer la critique sous-jacente de votre mode de vie pour rouler des yeux comme des soucoupes devant la mixture qui mijote dans la poêle. De son saint instinct de mère, la femme qui se tient près de vous a réussi à combiner deux des aliments qui vous répugnent le plus en un seul plat de riz gluant recouvert de fromage fondu. Vous osez une timide protestation, et n’êtes guère étonné de la réponse maternelle :
« C’est le problème avec toi ! Plus tu grandis, plus tu deviens pénible ! Je m’échine à cuisiner et toi tu n’aimes rien ! »
Vous ne prenez même pas la peine de lui expliquer une fois de plus qu’elle sait parfaitement que vous haïssez le riz gluant et que le fromage fondu vous donne envie de vomir. Vous adorez votre mère –une femme intelligente, ouverte et dynamique qui vous a beaucoup apporté dans votre vie- mais vous vous demandez parfois quel plaisir pervers les parents peuvent trouver à faire avaler à leurs enfants les mixtures les plus inavouables tout en sachant parfaitement qu’ils n’aiment rien de ce qui s’y trouve. Vous, vous pensez que c’est juste pour le plaisir de se lamenter et faire culpabiliser l’enfant chéri parti trop top et qui ne pense plus assez à ses parents qui vieillissent tout seul.
Vous vous contenez d’hausser mentalement les épaules et d’essayer de cesser de respirer le plus longtemps possible. Vous êtes plus qu’habitué à son étrange mélange de fierté de vous voir réussir hors du cocon familial, sa tristesse de vous avoir vu partir et sa jalousie jugulée pour la femme qui partage votre vie – elle l’adore, les deux s’entendent bien mais cela n’empêche jamais votre mère de vous lancez une remarque incisive censée vous amener à la conclusion qu’aucune femme ne sera jamais mieux que votre mère qui a souffert le martyr pour vous mettre au monde et qui s’est amoureusement sacrifiée jour après jour pendant des années pour votre bien être.
Ces crises maternelles ne vous ont jamais réellement inquiétées : c’était pareil avec votre grande sœur adorée. Sauf que maintenant, ladite grande sœur adorée à droit aux récriminations sur son éternel célibat et aux grands cris qui se lamentent de ne pas encore avoir de petits enfants.
« Ne mets pas tes coudes sur la table chéri ! Et va te débarbouiller ! »
Bizarrement, ces paroles vous arrachent un sourire. Ravi de pouvoir vous enfuir loin de la détestable odeur, vous vous levez pour embrasser votre mère et retournez dans le couloir où vous croisez votre père revenant du jardin. Vous le saluez et vous pincez le nez pour le prévenir. Lorsque vous êtes dans la salle de bain en train de chercher votre dentifrice, vous entendez leurs voix s’élever hors de la cuisine :
« Encore du riz au fromage ? Tu en as déjà fait vendredi ! »
« Le problème avec toi mon chéri, c’est que plus tu vieillis, plus tu deviens pénible ! Tu n’aimes rien ! »
Face au lavabo, vous ne pouvez vous empêchez de sourire."
15:08 Publié dans Historiette | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
15.06.2008
Hands on Me
Parce que vous adorez Vanessa Carlton. Vraiment, c'est pour vous une excellente artiste qui mérite d'être toujours plus connue! Et vous aimez particulièrement cette chanson...
22:20 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
Seul
C’est un de ces jours où vous vous sentez mal. Enfin, plutôt une de ces période. Une longue période pleine de jours qui se succèdent, se suivent et, surtout, se ressemblent. Des jours où vous réveillez trop tôt parce que vous ne pouvez plus dormir. Des jours où il y a cette boule dans votre ventre qui essaie de remonter le long de votre cage thoracique pour venir se loger dans votre gorge. Des jours où la nausée devient un art de vivre, s’abattant sur vous par vagues comme les sauterelles voraces sur le champ de blé. Des jours où vous ne pouvez pas avaler grand-chose, et des jours où au contraire, vous compensez votre mal être par la nourriture (oooh, il est 16h30 ? allez, un menu complet au McDo avant le souper. Souper suivi de l’engloutissement d’une boîte de biscuits et d’au moins deux verres de lait. Une heure plus tard, vous avez cette sensation de faim qui revient vous tenailler l’estomac…).
Plus rien ne vous intéresse comme avant. Lire vous est pénible : après un ou deux chapitres, vous devez vous forcer pour déchiffrer les lettres qui s’alignent face à vos yeux fatigués. Ecrire, comme vous le faites maintenant, est une épreuve : vous débordez d’idées, mais vous n’arrivez pas à les coucher sur le papier –enfin, le clavier- et après quelques minutes d’écriture, votre esprit s’ennuie. C’est pareil pour tout : lire, écrire, jeux vidéos… A peine commencez-vous que vous en avez déjà marre. Vous pensez sans arrêt à ce que vous devez faire ensuite. Vous n’êtes pas à côté de vos pompes, mais sans cesse dans celles d’après. Le moment présent devient pour vous une véritable torture assaillie par les fameuses sauterelles de la nausée.
Vous vous sentez seul. Et c’est sans doute le cœur du problème. Vous n’arrivez plus à vivre correctement dans le cocon familial, et vous vous coupez des parents. Vous aimez vos rares amis, mais parfois vous vous demandez si ce qu’il y a entre eux est vous est réellement de l’amitié. Entre leurs problèmes et les vôtres, vous ne savez plus où donner de la tête. Vous avez envie de sortir, de rencontrer du monde, mais vous ne savez pas comment le faire seul. Vous avez tenté de reprendre le contact avec des anciens amis dont vous aviez vraiment envie d’avoir des nouvelles, vous n’avez pas de réponses. Alors oui, vous vous sentez seul.
Fut un temps où vous adoriez sortir vous balader sans compagnie, au bord du lac ou en ville, vous installer dans un chouette coin et lire un bon bouquin. Ou simplement contempler le décor en écoutant de la musique ou tout à vos réflexions. Ce n’est plus le cas. Sortir seul devient une épreuve : vous vous ennuyez à peine arrivé en ville, et vous avez envie de rentrer chez vous. Seulement, une fois chez vous, vous n’avez qu’une envie : repartir. Vous avez parfois l’impression de passer votre vie dans le train. Quand vous êtes chez vous, vous vous sentez seul, vous vous sentez mal. Quand vous vous baladez, la vue de ces groupes d’amis qui font tant de choses ensemble, la vue de ces couples vous rend triste, et vous vous sentez mal.
C’est bien là le fond du problème. Vous n’êtes pas satisfait de votre schéma relationnel actuel, et vous vous sentez profondément seul. Et vous ne savez pas quoi y faire pour y remédier. En cheminant pensivement le long d’un pont, en ville, vous vous êtes brièvement demandé ce que cela faisait, de grimper le long de la rambarde et de sauter. Que personne ne s’alarme, hein, tout le monde s’est sans doute demandé cela une fois dans sa vie. Et puis, vous n’en avez pas l’intention, vous aimez trop la vie pour ça. Même si elle se trouve être plutôt difficile pour vous ces temps-ci. Et pourtant, elle ne devrait pas : vous êtes plutôt en bonne santé, vous avez votre famille, un toit sur la tête, de la nourriture… Et pourtant, vous avez cette sensation persistante qu’il vous manque quelque chose.
Le problème –du moins une part-, c’est toute cette réflexion. Penser vous fatigue de plus en plus. Vous avez l’impression que toutes les idées se mélangent dans votre tête, et vous n’arrivez plus à vous concentrer correctement. C’est comme… c’est comme vivre perpétuellement au cœur d’une tempête où le vent hurle sans arrêt et ne vous laisse pas un seul instant de répit. Parfois, vous passez des heures à ne rien faire, déchiré entre toutes les possibilités, ne faisant que penser et penser sans vous arrêter… Vous aimeriez juste pouvoir vous déconnecter. Dormir, par exemple. Dormir longtemps, jusqu’à ce que cela aille mieux. Dormir des jours, des mois et vous réveillez calme et serein. Mais vous savez parfaitement à quel point c’est illusoire.
Le fond de toute cette histoire, c’est que vous vous sentez seul, immensément seul, perdu au milieu de vos pensées qui tourbillonnent. Et que vous n’avez pas le courage d’y remédier. Ou, plutôt, vous ne savez pas comment vous y prendre pour ne plus ressentir cette solitude qui vous dévore. Vous n’arrivez qu’à attendre en pensant sans cesse dans toutes les directions, seulement l’attente ne résout jamais tout.
Et c’est tout ce dont vous êtes capable.
12:41 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
12.06.2008
Bananes-carottes
Et oui, vous êtes encore en vie! Et avec une nouvelle historiette en sus! Une historiette qui peut se ranger aux côtés de "Trois heures trente" et "les Honneurs" bien qu'antérieur d'un point de vue chronologique si ces trois historiettes étaient réunies. Qui sait?
Sur ce, je vous laisse en compagnie de ces quelques mots...
"Et vous voilà une fois de plus perdu dans vos pensées, entre le rayon des produits laitiers et celui des articles de plage que les commerçant ont déjà sorti pour l’été qui approche à grands pas. Sans même y penser, vous vous écartez pour éviter un coup de pelle en plastique rose distrait qu’une dame en tailleur fuchsia trimballe sur son épaule en direction des caisses. Face à vous, des dizaines de yoghourts de toutes les tailles, de toutes les saveurs et de toutes les couleurs que vous contemplez d’un air légèrement ahuri, une boîte de petits pois –votre premier article arraché aux rayons aujourd’hui- entre les mains.
Entre les petits suisses multicolores et les coupes au chocolat dépourvu de matières grasses (à quoi bon manger du chocolat, alors ?), vous êtes attiré comme par un aimant par un pack de petits gobelets d’un jaune orangé où une mascotte ressemblant au résultat de l’expérience d’un généticien fou sur les fruits et légumes clame fièrement en grosse lettres « bananes-carottes ».
D’instinct, vous tournez plusieurs fois la tête pour regarder autour de vous, des fois que l’on vous aurait fait une mauvaise blague. Mais non, visiblement, les yoghourts bananes-carottes sont bien réels, rangés au-dessus des pommes-châtaignes. Vous levez un sourcil suspicieux face à l’étrange mélange. Vous qui étiez venus pour une boîte de petit pois et des yoghourts aux fruits histoire d’agrémenter votre morne quotidien alimentaire de célibataire, voilà que vous venez de passer cinq bonnes minutes à user vos petits yeux fatigués à la rechercher de mixtures homogènes. Vous mourriez d’ailleurs d’envie de manger un bon yoghourt à la banane. Et voilà que des fous ont décidé d’y rajouter des carottes.
L’air effaré, vous regardez autour de vous comme si vous espériez de l’aide. Vous n’osez plus demander à l’un ou l’une des garçons et filles de rayons s’il reste des yoghourts à la banane –seulement à la banane, parce que voyez-vous, mademoiselle, la couleur carotte-banane ne m’inspire pas réellement confiance- depuis que la dernière vous avait gratifié d’un regard snob à faire pâlir d’envie une reine mère en vous apprenant que l’article que vous recherchiez était en rupture de stock et que vous n’aviez qu’à le savoir avant de poser une question aussi bête.
C’est tout vous, ça : vous n’avez jamais eu le contact facile avec les gens, quels qu’ils soient. Vous êtes encore paralysé d’angoisse lorsqu’un inconnu engage la conversation avec vous. Parler de la pluie et du beau temps vous apparaît aussi complexe que de parler de politique. Et vous n’osez même pas penser au football…
Alors vous voilà, petit pois à la main, bananes et carottes plein les yeux, planté au milieu du chemin à vous poser de telles questions existentielles tandis que les autres consommateurs vous évitent ou vous frôlent en grommelant sur ces gens qui n’ont rien de mieux à faire que de rester dans le passage.
Le fait est que non, vous n’avez rien de mieux à faire. Personne ne vous attend dans votre studio en ville, vous n’avez toujours pas de nouvelles de l’éditeur que vous avez contacté et voilà plusieurs jours que l’angoisse de la page blanche paralyse vos doigts dès qu’ils se penchent au-dessus du clavier de votre ordinateur portable. Vous vous sentez vide, flasque comme le contenu des gobelets en plastiques alignés devant vous, et certainement moins frais. Vos rares amis sont occupés à un vrai travail, et vous vous tergiversez des heures devant le rayon des produits laitiers dans le simple but de vous occuper.
Enfin, avec un soupir, vous vous emparé sans conviction des bananes-carottes et vous vous dirigez vers les caisses à la suite de vos semblables pressés, de leurs enfants caractériels et de leurs aînés dont la vitesse de croisière atteint bien les deux pas minute. Sans réfléchir, vous vous placez dans la file de la caisse numéro huit ; vous aimez bien la caisse numéro huit, parce que la jeune vendeuse qui s’y trouve tous les matins vous fait toujours un joli sourire lorsqu’elle tipe vos éternels biscuits à la framboise ou les litres d’eau que vous avalez chaque semaine.
Aujourd’hui, elle est ravissante dans la chemise blanche légèrement échancrée que sa veste aux couleurs du magasin, ouverte, laisse apercevoir. Elle sourit au vieux monsieur qui se trouve devant vous en lui tendant un sac dans lequel il range une à une ses prises de la journée ; par réflexe, vous vous jetez en arrière lorsqu’il tourne brusquement la tête vers vous pour tousser comme une vieille locomotive. Enfin, il demande un paquet de cigarettes que la caissière lui donne en lui faisant gentiment la morale, paie et s’en va en clopinant tandis que ses poumons luttent pour aspirer la moindre bouffée de l’air climatisé du magasin.
C’est à vous, et sur le tapis de caisse défilent votre boîte de petits pois et vos yoghourts au mélange douteux ; toute votre journée qui défile devant vos yeux et les siens…
« Bananes-carottes ? Ils font vraiment des trucs comme ça ? Et ben… »
Vous bredouillez quelques monosyllabes, vous sentant coupables sans trop savoir pourquoi.
« Je crois que vous êtes la première personne que je vois en acheter. Doivent pas faire des masses de bénéfices sur ceux là… »
Elle sourit, et dégage d’une main fine la mèche de cheveux noirs qui lui barrait le front tandis que vous restez là, incapable de trouver quoi répondre, incapable d’avoir une conversation banale avec un autre être humain pratiquement inconnu.
Elle fronce les sourcils, comme inquiète :
« Vous, vous n’allez pas l’air bien aujourd’hui. »
Surpris, vous ouvrez à demi la bouche, mais elle ne vous laisse pas poser la question :
« Ca fait depuis le début de la semaine que je vous observe, et si vous en êtes aux euh… bananes-carottes, c’est qu’il y a quelque chose qui ne va pas. »
Terrorisé par cette affirmation on ne peut plus vraie, vous essayez désespérément de vous faire tout petit tandis que le monde derrière-vous s’impatiente. La caissière les foudroie du regard :
« Du calme, on peut bien papoter, non ? Vous n’êtes pas tous derrière une caisse toute la journée… »
« J’ai trois enfants ! » clame d’un air hautain la femme d’âge mûr qui se trouve juste derrière vous.
« C’est bien dommage pour eux. »
Et, avant que la femme ne puisse rétorquer, c’est devant son air outré que la caissière pose bruyamment la petite barre sur laquelle il est noté « fermé ». Puis, insensibles aux grommellements et aux cris d’indignation des clients forcés de changer de file, elle tipe vos articles et les enfourne dans un sac qu’elle vous fourre dans les mains après que vous ayez maladroitement sorti l’argent de la poche arrière de votre pantalon.
« Venez, on va parler, vous et moi. Vous en avez besoin.»
Vous restez là, interdit, serrant contre votre cœur petits pois et bananes-carottes comme si votre vie en dépendait.
« C’est l’heure de ma pause. Vous aimez le café ? »
Elle vous sourit à nouveau, s’extirpe gracieusement de sa caisse et jette nonchalamment sa veste du magasin sur son siège. Puis elle vous prend le bras et vous entraîne à suite.
Vous étiez venu chercher des petits pois et des yoghourts à la banane. Et comme il n’y avait plus que des bananes-carottes, c’est ainsi qu’elle entra dans votre vie.
Depuis, vous en achetez toutes les semaines."
13:56 Publié dans Historiette | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
02.06.2008
Putain vous m'aurez plu
Y a pas à dire, les paroles de cette chanson, à défaut d'être gaies, vous les trouvez super bien écrites.Et non, il n'y a pas besoin d'être déprimé pour écouter du Saez.
Putain vous m'aurez plus
Ami, prends ma lanterne
Car j'ai perdu ma flamme
Mon amour est parti
Elle a jeté mon âme
A bouffer au néant
Me laissant le coeur vide
Elle a fait des fertiles des averses arides
Et l'horreur du monde n'est rien en comparaison
A ce que l'amour fait, à ceux qui dans l'union
Pensent oublier un peu qu'on est tristes ici bas
Et qu'ici solitude est le dernier repas
Elle avait les yeux noirs desquels on voit du bleu
Qu'on prend pour l'océan, dans lesquels on voit Dieu
Qui font toucher du bout des doigts les horizons
Et toujours à la fin on est seuls au milieu...
Des vagues de sanglots et du sel dans la gorge
Et du sel sur la plaie de ce coeur tatoué
A son nom que l'on crie au fond des vers de vin
A se dire que la vie oui n'était qu'une putain
Ami, regarde moi j'ai le coeur qui renverse
La mémoire de ses yeux qui me colle à la peau
Et dans les bars du port je cherche magie noire
Pour délivrer mon corps du sort qu'on m'a jeté
Et le sourire des filles non ne me fait plus rien
Et je commence à croire que les hommes qui on pris d'autres hommes pour amour
On regle la question, après tout dis moi qu'est ce qu'elles ont de plus que nous?
Si ce n'est cette force qui fait qu'elles vous oublient
Cette horreur au fond d'elles ou à ce monstre qui crie
Quand elles vous font l'amour tu sais qu'elle n'oublient pas
Qu'il n y a qu'à la nature qu'elles ne tiennent paroles
A tout ceux dans leur bras qui sont fait prisonniers
j'ai l'âme solidaire et puis ma sympathie
A ces fous qui comme moi finiront pas la nuit
Je vous le dis putain, putains vous m'aurez plus ..
Que je meurs à l'instant si l'envie me reprend
De remettre ma tête dans la gueule du serpent
De me laisser encore, crucifier le coeur
Pour un joli sourire, au parfum de leurs fleurs
Marguerite ou Tulipe, et de rose à Lila
Tu sais l'ami pour moi elles ont toutes ici bas
Quand elles vous montrent le ciel, qu'elles vous disent qu'elles vous aiment
Elles ont toutes pour moi l'odeur des chrysanthèmes
Adieu les gentilles et adieu les j'en pleure
Adieu les maudites qui ont pris ma lueur
Qui ont jeté dans le noir mes yeux et puis les tiens
Contre le chant du cygne et les beautés qu'elles crèvent
Toutes j'en peux plus de ces jeux qui nous tuent
J'en ai marre de ce coeur mon Dieu, qui ne bat plus
Et qui toujours s'incline au pied de fausses blondes
Qui nous mènent à la cime, qui nous trainent à la tombe
Damien Saez, Album "Paris", 2008
10:30 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note


