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Historiette

  • Les choses qu'on laisse

    En hiver, il y a souvent des objets abandonnés: sur un muret, sur le trottoir, contre un mur... Et les plus communs, ce sont les gants, les écharpes et...les chaussettes? Sans trop savoir pourquoi, vous en avez photographiés quelques uns sur votre téléphone. Et puis ce soir, vous avez eu envie d'en prendre une, la première, et de lui trouver une histoire. Voici ce que ça donne.

    LES CHOSES QU'ON LAISSE: LA CHAUSSETTE

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    « Attends, vise moi ça ! »

    Il faisait plutôt froid. Du genre de froid insidieux qu'on ne remarquait pas tout de suite, et qui finissait par s'inviter chez vous avant de s'installer sur le canapé pour vider les dernières bières du frigo. Une fois qu'il était là, il n'avait pas l'intention de repartir. Il glaçait jusqu'aux os parce qu'il s'installait à domicile. Autant dire qu'elle n'avait pas spécialement envie d'attendre, et encore moins de viser quoi que ce soit, deux actions qui se prêtaient mal au fait de se mettre à sautiller sur place des fois que ça réchaufferait un peu le sang qui avait encore le courage de circuler.

     

    « Non mais c'est dingue ça, encore une ! »

     

    Et voilà qu'il continuait. C'est bien lui, ça. Au moment où s'y attend le moins, il faut qu'il remarque un détail incongru et qu'il se prenne la tête dessus. Et celle des autres par la même occasion. La différence entre un détail cocasse et un détail aux allures de conjugaisons latines tiens souvent à quelques degré et si on le découvre à trois heures de l'après-midi ou à trois heures du matin. Si on pouvait appeler matin une période qu'on avait le plus souvent envie de regarder de loin, et de préfère la tête sur l'oreiller. Il y avait bien des gens matinaux, il en fallait pour tout le monde ; personnellement, quand elle les voyait courir sous ses fenêtres dès six heures pour faire leur jogging, elle estimait plus juste de retourner se coucher, histoire d'équilibre leur sommeil. Elle le devait à l'univers, il fallait bien que quelqu'un fasse le sale boulot.

     

    « T'es sérieux ? » lui lançait-elle, ce qui en soit présentait un risque certain : celui de sentir ses lèvres éclater dans le froid. Est-ce qu'on pouvait se glacer la mâchoire ? Sans doute que oui. Pour réanimer totalement la sienne, il aurait fallu la réchauffer au chalumeau. Dans l'air nocturne, elle avait l'impression que la buée de sa respiration se transformait instantanément en un petit nuage de cristal. Parfaitement.

     

    « Bah oui ! C'est quand même fou ! Une chaussette, cette fois ! »

     

    « Une chaussette ? » Son cerveau devait être plus engourdi qu'elle ne le pensait. Qu'est-ce qu'une chaussette venait faire là-dedans ? En tout cas, il ne pouvait pas s'agir d'une des siennes. Elle en portait deux paires l'une sur l'autre, sous ses épaisses bottines d'hiver. Avec encore les collants thermiques, bien sûr. Elle aurait bien rajouté des couches, mais il aurait fallu la pousser dans une brouette pour qu'elle avance, faute de pouvoir bouger les jambes. Elle continuait de sautiller bêtement sur place, ses mains gantées enfoncées dans les manches opposées de son manteau rouge. L'espace d'un instant, elle s'était demandé s'il l'avait compris à travers l'écharpe qui lui couvrait le visage. Elle se demandait aussi si elle avait bien compris, à travers son épais bonnet enfoncé sur les oreilles. Il aurait aussi bien pu parler de pincettes.

     

    « Oui, une chaussette ! C'est fou quand même ! » Il se répétait, sans vraiment s'en rendre compte. C'était ainsi qu'il fonctionnait quand il avait une idée en tête. Il la retournait sous tous les angles de manière extrêmement consciencieuse, histoire de la voir sous son jour le favorable. Il avait un don pour voir un peu tout sous un jour favorable, ce qui pouvait se révéler aussi charmant qu'agaçant. Généralement les deux en même temps.

     

    « C'est vraiment important ? Non parce que je gèle, si je continue de sauter, j'ai peur que mes pieds restent collés par-terre, et je les aime bien mes pieds. Je m'en sers pour plein de trucs. »

     

    « Oui, aspirer toute ma chaleur corporelle la nuit, par exemple. »

     

    « Exactement. Et si on reste dehors encore longtemps avant de rentrer, je suis pas sûre que tu résistes au choc thermique, et tu l'auras bien cherché. En plus, faut que j'aille aux toilettes. »

     

    Encore un coup classique, ça : fallait à peine que la soirée se termine, qu'on sorte de l'ascenseur et fasse cent mètres dans la rue que l'envie se faisait ressentir. Pas dix minutes plus tôt, quand il y avait encore les toilettes de l'hôte à disposition, bien sûr que non. C'était une sorte de loi universelle, qui classait la vessie dans le genre des trolls parmi les organes. Autant essayer de raisonner avec un ballon de baudruche rempli d'eau : ça pouvait subir une certaine pression pendant un temps limité, et on risquait toujours d'en finir plein les mains. Ce curieux phénomène ne s'arrêtait pas là : plus on s'approchait de la maison, et plus l'envie se faisait présente, de manière inversement proportionnelle à la distance qui restait. Moins il y en avait...et bien, plus il y en avait. Le pire du pire, c'était la montée en ascenseur. Jusque dans le hall, ça allait encore, même si on ne s'arrêtait pas pour vérifier sa boîte aux lettres. Mais dès qu'on appuyait sur le bouton et qu'il fallait attendre l'engin, tout partait à vau-l'eau. Ce qui avait de moins de moins de chances à rester dans le domaine des métaphores au fur et à mesure que les étages défilaient. Rien de tel qu'un besoin pressant et un ascenseur pour expérimenter de plein fouet une dilatation temporelle : les secondes s'allongent pour devenir l'équivalent mental d'heures, et on a l'impression de monter au sommet de l'Empire State Building alors qu'on habite au quatrième. Pour terminer, il y la redoutable épreuve de la clef : les chercher avec l'énergie du désespoir, trouver la bonne en dernier, et tenter de l'introduire dans la serrure en se tortillant comme si on nous avait versé une nuée de scolopendres dans le dos. Ensuite, à la guerre comme à la guerre : on abandonnait dernière soi les effets qu'on pouvait se permettre d'ôter, qui formaient à notre suite une petite piste jusqu'au lieu le plus saint, où attendait la bénédiction de la délivrance.

     

    « Je me demande comment elle est arrivée là, pas toi ? » qu'il continuait, inconscient des troubles qui agitaient sa moitié. D'une série de petits bonds, elle se rapprochait, de mauvaise grâce. Elle se demandait s'il y avait un moyen de l'enfermer distraitement dehors avant de consentir à baisser les yeux sur l'objet qui accaparait toute l'attention de l'autre.

     

    Il s'agissait bien d'une chaussette. Violette et bordeaux à pois blancs, ça se voyait dans la lueur du lampadaire. Elle était tristement étendue sur le muret gris, et elle avait déjà commencé à geler. Si on essayait de la prendre, elle donnerait l'impression de pouvoir se briser entre les doigts. Non pas que qui que ce soit ait envie de se saisir d'une chaussette inconnue à passé trois heures du matin, même avec des gants. On pouvait peut-être la pousser d'un long bâton, pour voir ; c'était ce qui se faisait dans ces cas-là, non, se demandait-elle, l'esprit un peu confus.

     

    « Bah qu'est-ce que tu veux que j'en sache ? C'est une chaussette, c'est tout. »

     

    « Justement ! T'as souvent vu des chaussettes comme ça dans la rue, toi ? Qui ne sont pas déjà sur les pieds de quelqu'un, j'entends. »

     

    « Je regarde rarement les pieds des gens. A regarder les pieds des gens, on finit par se prendre un lampadaire. »

    « C'est un dicton ? » demanda-t-il, de l'intérêt dans la voix. Elle roula des yeux dans les orbites, une manœuvre dont on passait vite maîtresse quand on vivait avec un distrait.

     

    « Ouais, c'est un dicton, t'as deviné. J'suis très forte en dicton. »

     

    « Ah, ça, c'est du sarcasme. »

     

    « Chuis très forte aussi, en sarcasme. »

     

    « Mais en vrai, ça t'intrique pas, toi ? »

     

    Elle faillait lui répondre qu'il y avait beaucoup de choses qui l'intriguaient, mais que les chaussettes n'en faisaient pas partie. Puis elle réalisa que ce n'était pas tout-à-fait vrai. Elle se rappela d'une ex, sa copine du temps de l'université, qui ne quittait jamais ses chaussettes. Jamais. Ce qui rendait certains rapports compliqués, mais ce n'était rien à côté des douches. Et puis il y avait le coup des chaussettes qui disparaissaient dans les machines à laver. Ça arrivait à tout le monde, et ceux qui prétendaient le contraire mentaient effrontément pour se donner l'air intéressant, comme ceux qui prétendaient comprendre les équations au deuxième degré, parfaitement (elle n'avait jamais aimé les math). Et puis quoi, une chaussette, ça n'avait rien à faire sur un murer dans la nuit en plein hiver ! Ça se rangeait dans les tiroirs, un peu de bon sens, que diable ! Elle arrêta soudainement le flux de ses pensées, qui avaient démarré au quart de tour pour se lancer dans l'équivalent d'un triathlon mental à travers les incertitudes de la vie. C'était tout lui ça, il était contagieux, à sa manière ; quand il dérivait quelque part, on ne pouvait pas s'empêcher de le suivre. Souvent pour l'empêcher de se noyer, certes, mais ça rendait les balades intéressantes. Elle lui remettait de temps en temps les pieds sur terre, et il l'emmenait avec lui dans les airs. Ils se complétaient, quoi, et elle se sentit vaguement mièvre de penser ainsi. Mais c'était comme ça. Et puis il passait super bien l'aspirateur, c'était un détail qui avait son importance. Moins romantique, mais le romantisme ne faisait pas tout dans une relation. On aimait le type qui savait ranger les fleurs dans un vase au moins autant que celui qui se contentait de les apporte en attendant un merci. Si ce n'est plus. Bonus quand en plus il savait où étaient rangés les vases.

     

    « Elle s'est p't'être sauvée ! Faut bien que toutes les chaussettes qui disparaissent finissent quelque part. P't'être qu'elle a réussi son coup, qu'elle s'est jointe à toute une colonie migratoire de chaussettes, genre à la recherche du mythique parc naturel des chaussettes libres et épanouies. »

     

    « Comment elle a fait pour ouvrir la porte ? »

     

    « C'est toi qui me demande ça ? »

    « Un gant, encore, j'dis pas, à la limite, il a la forme pour, mais une chaussette... »

    « T'es sérieux mec ? »

    « Peut-être qu'elle a fait équipe avec un gant, des genres de Bonnie and Clyde vestimentaires ! »

    « T'es con ! »

     

    « Toujous, mais je suis sûr que c'est ce qui fait mon charme. »

    « Nan, c'est parce que tu sais où sont les vases. »

    « Hein ? »

     

    « Laisse tomber. Bon, maintenant qu'on a reconnu l'existence de ce que je nommerai à partir d'aujourd'hui le mémorial des chaussettes, et qu'on a reconnu la dernière victime tombée au champ d'honneur, on peut rentrer maintenant ? Pipi. »

     

    « Hein ? Oh, oui... » Enfin, il se retournait pour se remettre à marché, et elle s'empressa de suivre le mouvement, quand il s'arrêta après deux pas. Quoi encore ?

     

    « Quoi encore ? » formalisa-t-elle à haute voix, ce qui était quand même plus pratique que la télépathie, et pourtant elle avait essayé. Elle l'observa, avec son nez rougi par le froid, de même que ses oreilles (il refusait de porter un bonnet, ça le grattait, qu'il disait ; à force, il n'aurait plus rien à gratter du tout, ce qui reviendrait de toute façon au même et coûterait moins cher en laine), ses cheveux en désordre (ils étaient toujours en désordre, sa tignasse avait l'âme d'une anarchiste et la bonne disposition d'un raton-laveur peu jouasse), et ses grands yeux qui s'étonnaient d'un rien. Il avait l'air...triste. D'une énième série de petits sauts (hop hop hop hop), elle le rejoignit pour se coller contre lui.

     

    « Qu'est-ce qu'il y a ? »

    « Tu vas me trouver débile, mais... »

    « Ah ça y a des chances, oui, mais tu devrais avoir l'habitude depuis l'temps. »

    « Ben...C'est un peu triste, non ? »

     

    « Je suis sûr que celui ou celle qui l'a...perdue en a d'autres, des chaussettes. On bâtit rarement sa vie autour d'une seule chaussette. »

    « Non, c'est pour la chaussette que je suis un peu triste. »

    « Ah bon ? »

    « Elles vont toujours par deux normalement. Mais là, elle s'est retrouvée toute seule. Et elles se retrouveront jamais. »

    Allons bon, c'était tout lui, ça. Fallait bien reconnaître que c'était un brin attendrissant. Elle passa un bras autour de sa taille, et pris le risque de déposer un baiser sur sa joue, un tout léger, des fois que ses lèvres restent collées. On ne savait jamais.

    « Faut se dire que sa compagne y est arrivée, elle. » lança-t-elle.

    « Où ça ? »

     

    « Au parc naturel des chaussettes, voyons ! »

    « Ah oui ? »

    « Bien sûr ! S'il y en a au moins une qui s'en sort, quelque part, elles resteront toujours ensemble. Connectée à travers la grande chaussétitude. »

     

    « Ouais. Ouais, ce serait bien. » Il se mit à sourire. Il souriait toujours lentement, on avait l'impression de voir la lune s'élever doucement sur son visage. « Peut-être qu'elles se retrouveront. On a vu des histoires plus improbables. »

     

    « Exactement. Je ne t'ai pas encore étranglé alors que je rêve de rentrer me mettre au chaud, c'est quand même vachement improbable. »

     

    « C'est vachement bien, ouais. Avec toi, je veux dire. Le bon genre d'improbable. »

     

    « Je sais. » Elle ne put s'empêcher de sourire à son tour. Puis un moment passa et, main dans la main, ils reprirent leur route, ce qui n'était pas très facile quand l'une des deux personnes continuaient de sautiller. Pas besoin de deux mêmes chaussettes pour faire la paire, quand on y pensait bien. Quelque part, ça voulait dire que tout le monde avait une chance, non ?

     

    C'était une pensée réconfortante.

  • War. War never ends.

    Cela faisait longtemps hein?

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    Les nerfs aux aguets, vous faites les cents pas dans la cabine d'ascenseur bringuebalante, ce qui n'est pas facile : vous passez votre temps à vous cogner l'épaule contre une cloison, et vous êtes gêné par le manche de la batte de base-ball accrochée à votre ceinture. Levant le nez, vous contrôlez le décompte : plus que deux étages maintenant. Votre reflet dans le miroir vous renvoie l'air d'un type qui s'attend à voir l'enfer mais qui sait que c'est nécessaire. Barbe et cheveux fraîchement raccourcis pour éviter les prises trop faciles -et puis ils auront le temps de repousser là en-bas-, lunettes renforcées par un scotch épais, casque de vélo et protections de rollers aux bras et aux genoux. Vous avez hésitez à descendre en chaussures de ski, mais la puissance n'aurait pas équilibré la perte de mobilité, cette dernière s'avérant cruciale. Et puis vous ne possédez pas de chaussures de ski, peu enthousiaste à l'idée de posséder un objet de plus capable de signer votre arrêt de mort à l'aide d'un sapin habilement placé sur la piste (1). Un bâton aurait pu servir ; bien aiguisé, le bout pointu peut faire des dégâts, et la dragonne rendrait plus difficile la possibilité d'un désarmement. Mais la batte de base-ball achetée aux puces fera l'affaire, faute de mieux. On ne peut pas dire que vous croulez sous les armes à la maison, pour la même raison qu'on n'y trouve pas de chaussures de ski.

     

    Ding, vous y êtes. Difficile d'aller plus bas, et vous avez laissé l'enfer quelques étages au-dessus. Bon sang, ce que vous pouvez détester ce jour fatidique... Toutes les deux semaines, voilà qu'il revient avec la pérennité implacable d'un contrôleur des impôts, la profonde humanité en moins. Déjà, quelque chose en l'air est différent lorsque les portes s'ouvrent sur un couloir sombre, chichement éclairé d'une ampoule rougeoyante qui clignote en grésillant. Et il ne s'agit pas de l'air si propre à la cave, entre le moisi léger, le vieux bois et la poussière, qui fait remonter en vous toutes les madeleines de Proust de l'enfance (2). Non, c'est l'air vicié de la mort, dans lequel stagne la terreur, qui s'infiltre dans vos narines comme si du wasabi décidait d'y forcer le passage pour remonter jusqu'à votre cerveau et faire se redresser sur votre tête chacun de vos cheveux dans un réflexe primal. Vos bras ont d'ailleurs doublés de volume sous l'effet de la chair de poule, et vous luttez contre une forte envie de vous déplacer accroupi en poussant des « Hou hou » à la recherche de quelque chose à épouiller. Vous étiez bien mieux en haut, à l'abri de votre appartement, où ce genre de choses n'arrive jamais (ce qui ne vous empêche pas de manquer y passer par maladresse au moins trois fois par semaine ; si vous deviez y passer un jour, voilà qui devrait donner l'apparence d'une étonnante scène de crime pour des policiers confondus).

     

    Les portes de l'ascenseur se referment presque, avant de repartir dans l'autre sens et de se mettre à ce petit mouvement perpétuel de la cabine en mauvaise état alors qu'elle avait très bien fonctionné pour les six étages précédents. Comme si quelque chose dans « la zone » perturbait tout outil technologique dépassant mille huit cents. Vous sortez votre téléphone, qui ne vous sera utile que pour sa lampe de poche -du moins si elle se décide à marcher- et sa musique, des fois que vous ayez envie d'une bande-son à propos. Mais le silence est votre ami, pour mieux y repérer les dangers ; on reconnaît souvent les débutants à leurs écouteurs, qu'on retrouve en train de se traîner hagards dans les couloirs des jours plus tard (3). Vous frissonnez comme la proie ancestrale dans la jungle millénaire, du genre de celle qui s'attend à voir débouler un prédateur plein de dents et plein de pattes de derrière le moindre rocher. Ce qui explique votre méfiance vis-à-vis des araignées : beaucoup trop de pattes pour être honnêtes. Mais vous préféreriez être plongé dans un terrarium de mygales plutôt que d'affronter ce rituel bimensuel. On qualifie les âges anciens de barbares, mais l'époque actuelle n'est pas sans son lot d'épreuves sanglantes dignes de figurer dans la dernière série de romans dystopiques pour jeunes lecteurs à la mode.

     

    Lentement, un pas après l'autre, votre nez frémissant comme celui d'une souris qui sait que la mort aux rats n'est pas loin, vous vous mettez à progresser. Vos mains suintent terriblement, mais vous avez pensé à mettre des gants, qui en ont plus l'avantage de ne pas laisser d'empreintes. Bien que la police ne se risque habituellement jamais ici ; il y a des querelles qui sont trop terribles pour être résolues autrement que par le peuple, et il en va ainsi des querelles de voisinage. On ne verrait pas un officier mettre les pieds ici, à moins que ce cela ne soit pour les mêmes raisons que tout le monde ; et dans ce cas, un badge ne lui servirait à rien, et un port d'arme ne serait qu'un léger avantage. Vous, vous avez confiance en la batte. Vous l'avez appelée Thérèse, parce que vous avez cru comprendre que les guerrières nommaient leurs outils de prédilection. On disait même qu'ils dormait avec, ce que vous ne trouviez guère pratique. Thérèse vous avait bien servi jusqu'ici, et vous espériez qu'elle continuerait de le faire encore longtemps. Il y avait encore la dent de madame Glauss plantée dans le bois : impossible de l'enlever.

     

    La première attaque vint du flanc. Attiré par une silhouette plus loin en avant, vous aviez ralenti votre allure pour mettre un genou à terre et sortir la sarbacane de votre poche, du genre de celles qu'on trouvait dans les bombes explosives à Nouvel An. Mais à la place des boules en papier, vous avez opté par des punaises trempées dans du curare. C'est risqué, les avaler par mégarde s'avérerait fatal, mais une bonne arme à distance peut faire la différence entre la vie et la mort lorsque l'effet de surprise est avec vous. Plissant un œil dans la moitié de jumelle scotché sur la sarbacane, vous prenez soigneusement le temps de mettre votre victime dans la ligne de mire. Pas de sommation : vous avez appris le premier jour que c'était inutile. Ici, c'était tué ou être tué : l'enjeu était trop précieux. Mais cela ne vous empêcha pas de manquer y passer : concentré sur ce que vous pensiez être une proie inconsciente de votre présence (sans doute une vieille séparée de son troupeau à joggings fluo, permanentes et bâtons de marches, ou un vieux qui avait égaré sa canne), vous n'avez pas vu venir la véritable menace, et madame Decker du cinquième se jeta sur vous en crachotant entre ses dents. Elle s'était caché eentre deux compteurs sur les côtés, et travaillait sans doute de concert avec l'autre ; de telles alliances avaient parfois lieu, lorsqu'il fallait trouver assez de viande pour survivre jusqu'à la semaine suivante.

     

    « Petit futée... » grommelez-vous entre vos lèvres Heureusement, ses dents se plantèrent dans votre protection de poignet, et une torsion suffit à lui arracher son dentier. Sans lui laisser le temps de se reprendre, vous abattez Thérèse une fois, puis deux, puis trois. Enfin, lorsque qu'il devient impossible de différencier son visage d'un dégâts des eaux usées sur le mur, vous arrêtez. Il est inutile de vous acharner, conserver ses forces est important. Vous avalez une rasade de la bouteille d'eau que vous apportez toujours dans ces expéditions, de même que des vivres pour au moins cinq jours et trois gros bouquins (qui peuvent servir de projectiles dans les cas les plus désespérés, voire servir à faire un feu pour se réchauffer la nuit dans un réduit isolé). Le ou la comparse de votre prédatrice manquée s'est enfui sans demander sans reste en poussant des hurlement de déments. Et tandis que vous tendez l'oreille, c'est tout le taudis qui résonne des grognements, des appels à l'aide étouffés, des gros mots et des dernières paroles ; parfois, il ne s'agit plus que du « scritch scritch » d'une mine sur un post-it, occupée à rédiger un dernier message haineux avec au moins deux fautes d'orthographe.

     

    C'est d'ailleurs ce qui vous a amené ici, aujourd'hui. Le petit mot dans l'ascenseur. Celui qui a tout commencé, une fois de plus. Monsieur Decker avait encore pris les clefs de madame Denis, ce qui bousculait tout le planning. Alors aujourd'hui, tout le monde se lançait dans la curée ; le lendemain, on se saluerait de nouveau devant les boîtes aux lettres, l'air de rien, en attendant que les nouveaux locataires emménagent. C'était le cruel cycle de la vie, nécessaire lorsqu'il s'agissait de faire peau neuve. Et vous ne pouviez pas attendre une phase de plus, pas avec le panier qui débordait chez vous au point que vous songiez à balancer ni vu ni connu une chaussette dans les toilettes de temps en temps. Non, on n'échappait pas à son destin. Il vous fallait ces clefs, coûte que coûte.

     

    C'était le jour de la lessive.

     

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    1) Beaucoup s'imaginent que le suisse standard naît avec des skis aux pieds, une montre au poignait et un goût certain pour la fondue, mais il n'en est rien. Vous arrivez systématiquement en avance, vous vous méfiez du fromage fondu et, du temps des camps de ski de votre enfance, les élèves étaient séparés en quatre groupes : celui des forts, celui des intermédiaires, celui des débutants et celui rien que pour vous avec un moniteur que l'étendue de vos talents finissait systématiquement par déprimer avant de le pousser à noyer sa souffrance dans une tasse de chocolat chaud (probablement accompagnée d'un petit remontant).

    2) Enfin, toutes celles qui concernaient la cave et ce qu'on vous y envoyait y chercher. Des patates de Proust, plutôt.

    3) Les écouteurs, pas les gens. On ne retrouvait jamais les gens.

     

  • La boîte à monstres

    Ma parole, une nouvelle historiette, cela faisait longtemps! J'en ponds rarement, mais j'aime bien quand ça arrive. C'est toujours chouette de se replonger dans cet univers. ^-^ (Petit rappel: ce qui est catégorisé comme historiette n'est pas ma vie, même si je m'en inspire.  Je ne ne suis pas auteur, je suis célibataire, et je n'ai pas de chat. MAIS il se peut que j'ai un peignoir vert. -->)
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    De toutes les tâches de votre (relativement) paisible vie quotidienne, peu vous confondent autant que celle qui consiste simplement à relever son courrier. Ce qui, chez vous, relève de la discipline olympique. Vous envisagez de vous doper histoire de récupérer votre courrier à temps, tellement cet acte anodin vous met dans tous vous états. Déjà, il vous faut mettre le nez hors de votre appartement ce qui, certains jours, n'est pas évident. Vous vous accrochez alors à votre manuscrit en cours/tasse de thé/brosse à dent comme une moule à son rocher (mais une moule avec des dents propres). Ce qui vous poussez à vous habiller les jours de bouclage, soit à passer votre vieux peignoir vert et à vous glisser dans les couloirs comme un fantôme pelucheux au mal de mer. En espérant que vous ne croiserez aucun voisin bien décidé à vous parler-du-temps-qu'il-fait alors que vous comptez bien ne pas vous exposer aux éléments de la journée. Et puis il y a l'ascenseur, dont la fréquence se montre plutôt aléatoire dans un immeuble de onze étages, mais qui a au moins le mérite de vous distraire(1). Une fois dans le hall, traînant des pieds comme un condamné aux galères, vous fouillez alors en marmonnant dans votre poche de peignoir, et réalisez une fois sur deux que vous avez oublié les clef. Puis il s'agit de trouver la bonne entre les porte-clefs (votre propension à collectionner les gadgets inutiles surpassant de loin celle, inexistante, que vous avez à collectionner les clefs, qui finissent par se sentir un peu seules). Et après tous ces efforts, vous voilà récompensé par deux factures, une pub pour la nouvelle pizzeria du quartier qui livre-à-des-tarifs-imbattables (il y a toujours une nouvelle pizzeria du quartier, au point que lorsque vous vous y promenez, vous êtes étonné de pouvoir faire plus de dix mètres sans tomber sur une pizzeria). La seule personne qui vous envoie des cartes postales, c'est votre mère (qui arriveront toujours après son retour, même lorsqu'elle s'évertue à les poster le premier jours de ses vacances en espérant défier les lois du multivers), et vous n'avez jamais reçu une seule lettre manuscrite, si on met de côté le roman épistolaire de treize (treize, bon sang!) pages qu'une ex avait cru bon de vous laisser dans votre boîte après non seulement avoir brisé votre cœur, mais couru encore sur les morceaux fumants avec la délicatesse d'un troupeau de buffles blindés d'amphétamines. Quand vous y repensez, vous auriez sûrement préféré sortir avec chaque buffle du troupeau.

     

    Les publicités balancées dans la poubelle du hall prévue à cet effet, les factures dans une main, déçu de ne pas avoir obtenu une nouvelle carte de visite d'un marabout local pour l'ajouter à votre collection (vous échangez un Mamadou Magnétiseur en parfaite condition contre un Maître Jean des Lumières première édition, quand il n'avait pas encore le petit dessin de Jésus aux yeux bavant), vous attendez que votre cœur impressionnable reprenne un rythme normal. Car vous êtes psychologiquement incapable d'attendre autre chose d'une courrier qu'une mauvaise nouvelle. C'est comme ça. Quelque chose qu'on envoie par la poste dans un monde informatisé ne peut être que Très Sérieux (tm), et donc abominablement apocalyptique. Pour vous, une lettre non identifiée, c'est un peu vous retrouver face au chat de Schrödinger, si le chat en question était potentiellement capable de saisir tous vos biens (y compris votre propre petit chat, qui s'accrocherait de toutes ses griffes à son fauteuil préféré avant d'être impitoyablement mis en fourrière, ou envoyé en chine afin d'être pressé jusqu'aux moustaches pour faire office de complément dans une pâte alimentaire), vous expulser, vous jeter à la rue, brûler tous vos livres et faire en sorte que votre nom devienne le synonyme d'une antique malédiction sur l'imprudence avant de venir cracher trois fois sur votre tombe (que vous n'aurez du coup même pas eu les moyens de payer ; vous tiendrez certainement compagnie à petit chat dans un tube). Toute votre vie défile (au moins trois fois, vous ne voua rappelez jamais très bien du début et avez la sensation désagréable de vous être endormis à des moments qui auraient dû être passionnants) devant vos yeux le temps de tourner la clef dans la boîte. Et puis il s'agit ensuite d'ouvrir la lettre, chose que vous avez rarement la patience d'attendre, quand il ne vous arrive tout simplement pas de balancer votre courrier héroïquement relevé dans le hall, comme si vous aviez sorti un dangereux crotale de votre casier. Alors vous vous retrouvez à quatre pattes et en peignoir, à ramasser toutes les missives dont celle qui va évidemment se glisser dans un coin difficile d'accès. Encore un point commun avec certains crotales, quoi que vous préféreriez presque les crotales ; avec eux au moins, on sait tout de suite à quoi s'en tenir. Il ne se cachent pas derrière un timbre et un peu de colle, quoi que cela vous amuserait d'imaginer quelqu'un coller un timbre sur un serpent avant de l'envoyer par la poste. L'avantage, c'est que les bestioles pourront difficilement saisir vos meubles.

     

    En parlant d'ouvrir ces maudits machins (les enveloppes, pas les crotales), vous n'avez jamais vraiment attrapé le coup de main. Dans un coin de votre esprit qui n'a pas encore succombé à la pure terreur primaire résultant d'un atavisme opposant le rongeur au tyrannosaure, vous croyez savoir qu'on est censé utiliser un ouvre-lettres, ou quelque chose s'approchant. Ce que vous avez toujours considéré comme un truc d'adulte responsable, ce que explique sans doute pourquoi vous y avez toujours résisté de manière inconsciente, de la même manière que vous résistez aux porte-manteaux et classeurs à trous. Vos doigts fébriles essaient de déchirer soigneusement le papier, et finissent immanquablement par déchiqueter un petit morceau de la lettre à l'intérieur, ce qui vous fait le même effet qu'un couteau de combat plongé dans vos tripes et remués trois fois pour la bonne mesure : et si, par cette petite déchirure, vous veniez de sceller à jamais votre destin ? Si vous veniez de détruire le seul morceau de la page dont l'intégrité était absolument nécessaire ? C'est tout simplement impossible, mais le savoir ne vous aide pas. C'est pire : il y a toujours une exception à la règle, alors pourquoi pas vous ? Vous vous retrouvez alors avec un papier froissé, potentiellement déchiré, qui donne l'impression d'avoir été apporté par poney express un soir d'orage plutôt qu'acheminé via les merveilles de la technologie moderne (qui restent tout de même capables de perdre des paquets plus efficacement qu'un poney aveugle). Mais au moins, même lorsqu'il s'agit d'une facture (COMBIEN pour cette consultation médicale!?), vous êtes soulagé de savoir que vous allez encore pouvoir profiter de votre chez-vous plutôt que d'en être froidement arraché par des huissiers à la carrure d'armoire à glace dépourvue de la moindre trace d'humanité et d'humour (parfois, vous avez une bien piètre vision de vos compatriotes, mais ceux qui se destinent à une telle carrière ont rarement mangé du clown ; ou alors, après l'avoir dépecé eux-mêmes dans leur cave).

     

    Après, il vous arrive aussi de recevoir la régulière enveloppe de vote, ce qui a le mérite de complexer d'une autre manière votre pauvre cerveau peu enclin à se faire à certaines normes essentielles d'une vie responsable. Plein de bonne volonté, vous vous jurez de lire attentivement chaque proposition de loi dans ses moindres détails, décidé à voter en votre âme et conscience pour on contre quelque chose que vous avez réellement compris. Puis votre esprit civique se réduit comme un méniniste face au bon sens tandis qu'apparaissent les premières explications abstraites concernant la réfection budgétaire des dispenses d'autoroutes conformément à l'alinéa A38 du code pénal. Vous votez avec la conviction chevrotante de celui qui arrive après la bataille, et vous oubliez systématiquement de retourner votre enveloppe jusqu'à deux heures avant la limite finale, ce qui vous pousse à courir en ville déposer directement le tout dans l'urne la plus proche (dont, une fois, la boîte aux lettres de la boucherie juste à côté de l'hôtel de ville, qui ont dû être bien étonnés). Quelle que soit sa forme, le courrier ne vous réussit décidément pas. Il en va de même pour les colis. Votre tendance à craindre le pire vous faire toujours assumer qu'il s'agit soit d'une vaste blague, soit d'une erreur, soit d'une bombe (les trois n'étant pas mutuellement exclusifs). Même lorsque vous attendez un colis précis, vous craignez l'erreur judiciaire, et sursautez au moindre coup de sonnette (d'autant que comme le stipule une autre loi du multivers, le facteur apportant votre colis ne passera que lorsque vous serez sortis juste cinq minutes pour aller acheter quelque chose au magasin du coin. L'ironie aidant, ce sera sans doute des timbres). De plus, les facteurs vous font signer sur leurs tablettes à l'aide de stylets voire, dans certains cas, de vos doigts. Et comme vous êtes déjà incapable de garder la même signature au stylo sur du papier (il ne doit pas y en avoir deux pareilles), vous stressez d'autant plus et finissez par barbouiller ce qui ne ressemble à votre nom que de loin et en plissant les yeux, tandis que vous imaginez déjà d'horribles circonstances juridiques vous tombant sur le coin de la pomme lorsqu'il sera décidé que ça-ne-peut-pas-être-sa-signature-regardez-moi-ça !

     

    Quant à envoyer du courrier, cela ne vous repose pas beaucoup plus. Encore aujourd'hui, il vous arrive de demander à votre moitié s'il faut coller le timbre à droite ou à gauche, ce qui ne manque jamais de lui faire écarquiller les yeux d'incrédulité. Vous avez au moins avalé des dizaines de timbres par mégarde, et votre écriture manuscrite pourrait faire tourner de l’œil un médecin, ce qui vous pousse à prendre jusqu'à dix minutes pour être sûr d'avoir écrit l'adresse lisiblement. Avant de réaliser, distrait comme vous êtes que vous l'avez écrite du mauvais côté, ou que vous vous êtes trompé dans une lettre ou un chiffre. Depuis, l'amour de votre vie se charge généralement de ce genre de formalité, même si cela ne change rien au fait qu'il n'y a plus un stylo de fonctionnel dans tout l'appartement lorsqu'il est urgent d'aller poster ce recommandé. Vous songez parfois à élever des pigeons voyageurs, ce qui a le mérite de vous semblé moins compliqué, et qui amuserait sûrement petit chat.

     

    Du coup, lorsque vous allez relever votre boîte aux lettres et que vous la découvrez vide, le soulagement est tel que vous vous retrouvez généralement à danser une gigue solitaire et impromptue, au grand étonnement de certains voisins. Les jours fériés, il vous arrive même d'ouvrir le casier en passant rien que pour profiter d'un tel sentiment de liberté. Pour vous, peu de choses sont aussi belles en ce monde qu'une boîte aux lettres vide. C'est un peu votre paradis, même si une fois vous y avez trouvé une araignée, ce qui vous a éloigné d'un tel dispositif pendant trois moins (et un certain nombre de rappels). Il va de soi que vous avez un sérieux problème, mais ce n'est pas nouveau. Vous vous y êtes fait, voilà tout. Vous n'avez pas vraiment eu le choix. Et voilà que vous n'y êtes pas encore allé aujourd'hui, que votre compagne ne rentrera pas avant demain, et que le sort de votre vie entière en dépend peut-être. Grommelant, vous attrapez votre peignoir, sous le regard intrigué de petit chat qui vous observe du fond de la pantoufle où il s'est réfugié. Vous vous traînez jusqu'à l'ascenseur, de plus en plus anxieux tandis que la cabine de fer vous rapproche de votre inexorable destin. Puis, enfin, la terrible boîte. Et ça ne manque pas.

     

    Vous avez encore oublié vos clefs.

     

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    (1) Voilà bien une semaine que votre compagne et vous suivez avec passion ce que vous avez appelé pour les livres d'histoire « La Guerre des Paillassons ». Tout a commencé avec l'apparition d'un petit mot scotché dans la cabine, demandant la restitution d'un tapis de porte disparu. Le soir-même, un post-it avait été collé en-dessous, clamant qu'il ne s'agissait pas de la première victime. Puis quelqu'un crut bon de répondre en signalant que si les gens ne voulaient pas voir leurs paillassons vendus au cirque, il valait mieux éviter de les laisser traîner sans surveillance dans les couloirs, comme les enfants (vous suspectez le vieux voisin ronchon du dessus). Depuis, une à deux fois par jours, de nouvelles notes décorent les cloisons de l'ascenseur, formant petit à petit une véritable mosaïque de post-it colorés qui dénoncerait certainement de manière incompréhensible un défaut de la société dans un musée d'art moderne, mais qui a le mérite de vous faire beaucoup rire. Lorsque votre chère et tendre rentre de ses cours chaque soir, son premier réflexe est de se précipiter vous raconter que l'écriture ronde des post-it roses a répondu vertement à celle, toute serrée, des notes à carreaux, et que cela menaçait de dégénérer sur les pots de fleurs qui garnissaient certains balcons de manière inopportune. Quant à savoir ce qu'un pot de fleurs pouvait avoir d'inopportun, vous attendez la suite avec impatience.