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Blog

  • Rivella

    Aujourd'hui, vous êtes sortis de chez vous après trois jours (et non pas trois ours, comme me l'a corrigé mon facétieux traitement de texte) d'hibernation dans le seul but d'aller vous acheter une bouteille de Rivella (du rouge, pour celle et ceux qui apprécient les détails). Vous convenez volontiers qu'il ne s'agit pas de quelque chose de très intéressant, et que comme accroche, on a vu mieux. Seulement, alors que vous dégustiez votre première gorgée sur le chemin du retour, quelque chose vous a frappé. Et pour une fois il ne s'agissait pas d'une borne incendie profitant de votre distraction légendaire. Le fait que vous n'aimez pas spécialement ça, le Rivella. Vous ne trouvez pas ça mauvais non plus hein, ça se boit. Le truc avec le Rivella, cette curieuse envie qui vous prend bien rarement, c'est que ça change. C'est autre chose que du coca ou du thé froid, et s'il y en a sur la table, pourquoi pas. Le rivella est une boisson qui se choisit à la manière d'un corps céleste à la dérive : peu importe où on va.

     

    Vous ne savez pas vraiment où vous en êtes. Ce qui n'est pas nouveau, vous ne l'avez jamais vraiment su. A part, peut-être, l'espace de deux ou trois ans de votre enfance où vous étiez persuadés que vous deviendrez paléontologue. Jusqu'à ce que vous appreniez que cela nécessite de connaître ses maths et de passer beaucoup de temps à genoux dans la poussière. Depuis, vous avez toujours été un peu à la dérive, suivant le courant de votre vie à la manière d'un ballon de baudruche jeté à l'eau (ce qui n'est pas très écologique de votre part). Peut-être parce que vous n'avez jamais vraiment su qui vous étiez à aucun moment de votre vie, et encore moins maintenant. Votre première crise existentielle a eu lieu au collège, vous deviez avoir onze à tout casser, et vous aviez passé une semaine hors de l'école, totalement tétanisé par la certitude de la mort et la peur qui allait avec. Ce qui n'a pas vraiment changer, même si vous le cachez derrière un monceau d'intérêts dont le seul but est de vous en distraire.

     

    Peut-être que vous ne savez pas parce que vous n'avez aucune ambition, si ce n'est celle d'arriver à vivre relativement heureux. Ce qui ne marche pas tout le temps, mais ça vous a toujours paru pas mal. Tant pis pour votre manque d'ambition professionnelle, qui au fond ne vous manque pas. C'est ce qu'en pense la société qui est plus problématique à gérer, mais vous avez finir par vous y faire, notamment en croisant les bonnes personnes, de ces amis qui ne vont pas se soucier de vous faire entrer dans une case. Mine de rien, ça aide. Mais alors, pourquoi, malgré ce formidable groupe d'amis que vous aimez à un point tel que vous avez l'impression de ne jamais savoir réussir à le leur exprimer correctement, vous vous sentez aussi seul, toujours aussi dévoré par le vide ? Un trou noir au milieu du systèmes de planètes où vous gravitez, avec la trouille bleue de les aspirer avec voux.

     

    Il faut dire que les ennuis s'accumulent, depuis quelques mois. Des ennuis sur lesquels vous n'avez aucune emprise directe, ce qui les rend d'autant plus compliqués à gérer...et à accepter. D'épée, c'est plutôt un bazooka de Damoclès qui vous pend au-dessus de la tête, avec cette histoire de résiliation de bail forcée à tous les locataires de votre immeuble par la régie parce que « elle veut faire des rénovations ». Tout le monde dehors d'ici un an, et démerdez-vous, comme le dirait un colonel (vous n'avez personnellement jamais croisé de colonel, mais quelque chose vous dit qu'ils doivent s'exprimer un peu comme ça, et souvent avec un accent suisse-allemand en prime). Déjà que l'immeuble (de treize étages) doit être composé au moins à soixante pour-cents de petits vieux qui y vivent depuis trente ans, bonjour l'ambiance. C'est à se demander si la gérance n'a pas passé un fructueux marché avec une maison de retraite voisine. Quoi qu'il en soit, vous vous retrouvez un peu dans l'appartement de Schrödinger : ce n'est déjà plus le vôtre, mais vous y vivez encore. Une petite partie de vous continue à croire que si vous ne dites rien, ils vous oublieront et se contenteront de faire les travaux tout autour de vous. Déjà que déménager quand on en a envie, c'est compliqué, alors quand on n'a pas le choix et qu'on se sentait si bien dans son petit appartement au point qu'on s'imaginait encore facilement y vivre trente ans avec Pamela (la plante verte), et bien c'est...c'est encore plus nul. Voilà. Vous êtes à court d'explétif, c'est sûrement la fatigue.

     

    La fatigue... Rien ne change, et vous vous résignez petit à petit à ce que rien ne change jamais. Cela doit faire plus de dix que vous ne vous êtes pas réveillé un matin en vous sentant reposé. Que vous dormiez quatre, huit ou douze heures, que le rythme soit régulier plusieurs semaines ou varie, avec ou sans sport, rien n'y fait. Vous vous levez complètement épuisé. Ce qui n'est pas particulièrement pratiquement d'un point de vue créatif. Jusqu'à il y a encore quelques années, vous étiez toujours en train d'écrire quelque chose. Une histoire, un début de roman, un univers de jeu de rôles, ce genre de choses. Vous ne les finissiez jamais, mais ce n'était pas l'important : l'important, c'était que vous étiez toujours à coucher sur le papier les idées que vous aviez plein la tête. Aujourd'hui, il y a toujours plein d'idées qui arrivent, mais vous n'arrivez plus à vous y mettre. C'est la paralysie, la fatigue du boulot ressentie par acompte, et avec les intérêts. Le vide.

     

    Votre mère ne va pas mieux, ce qui n'aide pas non plus. Voilà des mois que sa catatonie règne et s'aggrave. Elle ne parle plus, ne mange plus, ne boit plus et dépérit à vue d’œil, petit chose maigre et fragile que vous ne reconnaissez presque plus, dans un lit d'hôpital trop grand pour elle. Votre tante -qui s'occupe de gérer le tout avec une force incroyable- reste convaincue que votre mère reconnaît notre présence même si elle n'exprime plus, même si elle n'ouvre plus les yeux. Vous, vous en êtes de moins en moins sûr. Lors de votre dernière visite, vous n'avez pas réussi à ressentir sa présence. Où qu'elle se soit retirée dans son esprit, elle n'était pas avec vous. Au point ou tout autour d'elle, les gens commencent à se demander si elle se laisse aller, si elle n'a plus envie de vivre victime des caprices de son esprit. Récemment, vous avez fait un rêve qui vous a marqué : vous receviez sur votre téléphone un message de votre tante, vous apprenant que votre mère était morte dans son sommeil. Dans le monde réel, ses reins commencent à souffrir du manque d'hydratation, elle a été mise sous perfusion permanente, aussi bien pour les liquides que les nutriments. Votre mère, prisonnière de son esprit, elle qui l'a toujours si vif, si ouvert, si curieux malgré sa schizophrénie. Elle avec qui vous pouviez partager et échanger sur plein de choses, que ce soit votre amour commun des bandes-dessinées, des livres, de la science-fiction, de la fantasy, des films, des séries et des histoires en général. Même la manière profondément agaçant qu'elle avait de vous demander avant la fin de chaque épisode de Game of Thrones ou Doctor Who comment ça allait se terminer vous manque. Et vous ne savez pas si vous aurez l'occasion de lui montrer la seconde moitié de la saison deux de Westworld un jour.

     

    Et puis il y a le contrecoup des fêtes de fins d'années, une période que vous aimez beaucoup et qui s'est particulièrement bien passée cette année, entouré d'amis et de famille. Alors du coup, vous retrouver seul à végéter chez vous, et bien ça vous fiche un peu un coup. Vous n'arrivez à rien, tout vous lasse. Vous avez de la peine à vous concentrer, à lire plus de quelques pages d'un livre, regarder plus d'un épisode de série, jouer plus d'une heure à un jeu vidéo. Vous multipliez les débuts de parties, vous rabattant sur les classiques qui ne vous ont jusqu'ici jamais lassé, mais en vin. Seul, ça n'a plus d'importance. Vous vous souveniez des journées, des week-ends passés avec l'un ou l'autre ami, où vous faisiez des jeux d'aventures, des rpgs, des jeux narratifs, à commenter ensemble le processus, à juste regarder une autre personne jouer. Une activité que vous adorez mais que vous n'avez plus vraiment l'occasion de faire. Un peu comme la cuisine, finalement : vous qui avez toujours adoré manger, vous nourrir au quotidien devient fonctionnel. A quoi bon faire des petits plats, à quoi bon les manger en si peu de temps, à quoi bon faire la vaisselle ? Et puis il restera toujours les pâtes.

     

    Il y a dans cette solitude quelque chose d'autre qui vous manque, aussi. Vous repensez souvent à votre ex, en ce moment. Non pas parce qu'elle vous manque (dieu merci!), mais parce qu'elle représente les souvenirs du couple, son concept. Et parce que vous avez appris qu'elle était tombée enceinte, puis qu'elle avait accouché, et qu'elle vivait avec le même type depuis finalement peu de temps après votre rupture définitive. Aussi trivial et pathétique que cela puisse paraître, il y a là-dedans quelque chose qui vous paraît profondément injuste. Que la personne toxique s'en sorte, qu'elle trouve la bonne personne, et qu'elle ne réalise sans doute jamais à quel point elle a pu mal se comporter. (Très perfidement, dans les recoins les plus mesquins de votre esprit, vous espérez tomber sur elle en ville un jour, en train de promener sa poussette. Là, tel Maléfique, vous vous pencheriez au-dessus du bébé en lui glissant un fort sincère « I'm so sorry. » Si sa mère n'a pas changé, il -ou elle- en aura bien besoin). Pendant plusieurs années, la solitude en rapport avec l'idée de couple ne vous a pas dérangé, mais de plus en plus, il arrive qu'il y ait quelque chose qui vous manque. L'idée de partager votre vie de cette manière avec une autre personne, cette liaison si particulière, et résonnent encore à vos oreilles une des choses que votre ex vous aura dit : « Tu pourras jamais assumer une relation ou une famille. Et vous réalisez que ça a continué de faire son chemin, comme le ver dans la pomme. D'accord, vous n'avez pas vraiment l'intention de fonder un jour une famille, du moins en ce qui concerne les enfants (et puis vous avez appris récemment que vous ne pourriez peut-être pas concevoir même si vous le vouliez, une histoire de varices.), il y a quelque chose qui vous a profondément ébranlé. Et puis ce n'est pas comme si vous rencontriez facilement de nouvelles personnes, encore moins qui ne se heurteraient pas à toutes vos particularités... Mais il y a ce contact qui vous manque, aussi bien de l'âme que le contact physique, et vous ne parlez pas que du sexe (même si c'est sympa aussi, mais c'est une autre histoire et vous ferez sans doute à jamais partie de cette catégorie de gens bien trop gênés pour s'exprimer réellement sur la question), vous parlez surtout de ce contact qui démontre la profonde acceptation de l'autre, l'acceptation pleine et entière. A travers une main serrée dans celle de l'autre, à travers de doigts dans les cheveux, à travers un corps contre le vôtre, un tête sur votre épaule. Et vous ne pouvez vous empêchez de vous dire que tout ça, vous l'avez connu une fois, et que ça ne reviendra pas. C'est quand même ballot que ce soit tombé sur l'autre, qui vous a un jour dit qu'elle enchaînait ses relations comme des tickets de lotos en espérant tombant sur le bon.

     

    Tout ça pour dire... Vous ne savez pas trop quoi. La même chose que d'habitude, sans doute, ou peut-être un peu plus. Pour essayer de trouver un sens, une vague idée de qui vous êtes, pour vous confrontez à vos sentiments. Pour essayer de vous retrouver alors que vous vous sentez si perdus, si loin de tout. Parce que parfois, dans la vie, on ne sait pas pourquoi, mais on a juste envie de boire un rivella.

  • Toujours le vide

    Jour après le jour, le vide est là. Il est toujours là. Vous n'iriez pas jusqu'à dire qu'il l'a toujours été, mais vous ne vous rappelez plus vraiment une vie sans, une vie complète, de la même manière que vous ne vous rappelez plus d'une vie sans fatigue. Une fatigue qui s'ancre au plus profond de vous et qui vous donne l'impression d'étendre votre âme jusqu'à la faire craquer. Quel que soit la qualité ou la durée de votre sommeil, rien n'y fait. Vous vous couchez épuisé, vous vous réveillez crevé, que ce soit après six, huit ou dix heures de repos. Vous avez cru vous y habituer, mais il y a toujours des moments où ce poids vous entraîner un plus profondément dans les marasmes de votre vide intérieur, à la manière d'un poids dans le cœur. Ou d'un trou noir, qui lentement et sûrement effectue son travail d'entropie intérieure. C'est bien la seule constante, comme un vieux compagnon auquel vous n'avez tout d'abord pas accordé d'intention, et que maintenant vous remarquez à peine tellement il fait partie de vous. Mais comment le vide peut-il fait partie de quoi -de qui- que ce soit ? Vous n'en savez rien, c'est comme ça. C'est l'absence qui vous définit plutôt que la présence. C'est ce manque insoluble que vous êtes incapable de définir.

     

    Vous aimeriez bien avoir une passion, un « calling » comme le disent les anglophones : quelque chose qui vous appelle, quelque chose qui vous motive, quelque chose qui vous pousse. Quoi qu'il arrive, même quand les temps sont durs. Quelque chose qui vaille la peine de se battre. Un rêve. Un besoin d'accomplir son œuvre, sa tâche, son but. Vous enviez les gens qui ont ce moteur : qu'il soit artistique, scientifique ou même ludique. Celles et ceux qui savent ce qu'ils veulent accomplir, qui en éprouvent le besoin. Parce que vous avez beau vous creuser la tête, vous ne trouvez rien. Écrire ? Vous aimez bien ça, mais cela vous épuise, et ce n'est pas un besoin impérieux. Vous n'écrivez pas pour vivre, vous pouvez vous en passer. Un métier de vos rêves, une passion inassouvie que vous accompliriez avec plaisir si vous en aviez l'occasion ? Non. Même pas. Même lorsque vous vous demandez qu'est-ce que vous feriez si vous aviez tous les moyens à dispositions, aussi bien mentaux que physique et financiers...et bien il n'y a rien. Des choses que vous aimez faire, mais aucune d'elles que vous avez besoin de faire, qui vous guident. Pas le moindre rêve le plus fou. Que le vide.

     

    Les journées se passent et se ressemblent, à un vitesse folle qui vous donne le tournis, sans que vous ayez pourtant la moindre impression d'avancer pour autant. Vous vous êtes mis au sport, deux fois par semaine, dans un rare élan de motivation. Vous vous y tenez depuis plusieurs mois, mais ce n'est déjà plus qu'une habitude plutôt qu'un plaisir ou un apport, parce qu'il faut bien bouger et que cela vous fatigue plus d'arrêter que de continuer. La répétition des tâches du quotidien vous mine : parfois, vous avez envie de pleurer à la seule idée de devoir vous rebrosser les dents une énième fois. Vous perdez de plus en plus le goût de vous faire réellement à manger, mitonnez de moins en moins de repas même classiques pour vous contenter de ce qui sera le plus simple, le plus rapide. Chaque lundi matin, vous faites votre ménage, comme toujours depuis des années. Un de vos rares points de repères, et ça aussi c'est de plus en plus dur. Vous n'avez pas d'idées noires, c'est une consolation à laquelle vous vous raccrochez : même vide, la vie vous importe trop.

     

    Vous n'avez jamais vraiment su qui vous êtes. Vous n'arrivez pas à le trouver. Que le vide qui s'agite en vous. Ou alors, c'est vous qui flottez au milieu du vide, et c'est le vide qui erre à travers chaque journée en portant votre peau comme un costume qui n'ira jamais tout à fait. Vous continuez de lire, de regardez des séries, de vous perdre dans les histoires. Vous vous réfugiez dans les jeux vidéos, familiers et vous permettant d'arpenter l'espace de quelques heures une autre vie. Même lorsque vous appréciez vos loisirs, le vide est à côté de vous tandis que vous tournez les pages ou que vous prenez la manette. Il prend plus de place sur le canapé qu'une famille de dinosaures.

     

    Quand vous étiez gamin, vous vouliez être paléontologue. Vous vouliez jouer du tambour. Avoir une moustache (aujourd'hui vous jurez que jamais on ne vous y reprendra avec juste une moustache, vous avez vos limites). Écrire des livres. Plus tard, jusqu'à il y a quelques années, vous aviez toujours des projets : quelque chose à écrire, qu'il s'agisse d'une histoire, de scénarios de jeux de rôles, de création d'univers... Vous ne finissiez jamais, mais ce n'était pas l'important : ce qui comptait, c'était de commencer, c'était de s'y mettre, c'était de créer, c'était de combler le vide. Sauf que le vide dévore, et qu'à le nourrir on ne sait plus quoi lui donner. Qu'est-ce qu'il vous reste ? Vous avez lu il y a peu le livre de jeu de rôles de Dragon Age, plein d'enthousiasme. Vous avez écrit trois paragraphes dans le but de commencer quelque chose, mais il n'y a déjà plus que le vide.

     

    Vous ne savez plus quoi dire, quand vous vous retrouvez seul avec quelqu'un. Vous n'avez plus rien à dire, en fait. Vous donnez le change en groupe, c'est plus facile. En tête à tête, l'effort vous demande de plus en plus. Qu'avez-vous à dire de plus, de nouveau, d'intéressant ? Et la fatigue, toujours présente, toujours écrasante. Même entouré, vous vous sentez parfois tellement seul que vous en avez honte ; honte car vous êtes plus que bien entouré et vous ne savez pas comment le rendre. Vous ne savez plus. Vous vous sentez comme un fantôme, un esprit décalé avec la réalité, dévoré d'une faim terrible pour cette dernière, pour en profiter, pour s'y attaquer à pleines dents. Sans vraiment réussi à trouver de prise.

     

    Vous ne savez plus trop quoi faire, vous vous contentez juste de continuer. Toujours un peu plus loin dans la vide.

  • Star vs the Forces of Evil

    Un petit essai de présentation de série!

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    Ces dernières années, le monde de l'animation occidentale expérimente une sorte de renaissance. De « Avatar : Last Airbender/Legend of Korra » à « Gravity Falls » en passant par « Steven Universe », cette nouvelle vague fait la part belle aux imaginaires délurés, aux univers uniques et travaillés, et aux personnages réussis. Pourquoi un tel succès? Parce qu'ils n'hésitent pas à prendre leur public cible -les enfants- pour un public sérieux, et capable d'encaisser tout autant que les adultes, bien que présentés un peu différemment. Et c'est pour parler d'une de mes dernières découvertes dans les séries animées en cours que cette introduction plante le décors : « Star vs. The Forces of Evil ».

     

    Série américaine créée par Daron Nefcy en 2015, elle nous narre les péripéties de l'éponyme Star Butterfly, princesse du royaume de Mewni, monde parallèle au nôtre. Et c'est en premier lieu avec son héroïne que la série réussit à s'imposer. Star est une jeune fille pleine de vie, dont l'entrée dans l'adolescence ne se fait pas sans heurts. Dotée d'un positivisme absolu et d'une énergie sans limite, elle fait preuve de tout un assortiment de qualités, assumant aussi bien les plus « girly » que les plus « bourrines », sans qu'un jugement de valeurs ou une classification inutile ne soit jamais de rigueur. Elle se contente d'être, tout simplement. Aimant autant les cupcakes et les licornes que les épées et la chasse aux monstres, elle fonce toujours tête la première face au danger, et à bien de la peine à assumer toutes les responsabilités qu'on attend d'une future reine. C'est au fil des épisodes et des saisons qu'elle va gagner en maturité, apprenant à concilier ses intérêts et ses désirs sans jamais les renier, et en étant toujours fidèle à sa ligne de conduite.

     

    Afin de lui permettre d'en apprendre plus sur le vaste multivers -et pour avoir la paix- ses parents l'envoient en échange scolaire sur notre Terre, ce qui marque le début de la première saison. Elle y fera rapidement la connaissance du jeune terrien Marco, un garçon qui lui aussi mélange les traits de caractéristiques souvent genrés dans les séries animées (et même ailleurs) sans complexe. Sensible et un peu névrosé, il aime tout autant s'assurer que chaque chose est à sa place que de se lancer au combat, fort de ses leçons de karaté. L'amitié entre Star et lui est l'élément émotionnel central de la série. Regarder ces deux personnages naviguer les affres de leur adolescence naissante avec intelligence, franchise et une camaraderie inébranlable serait une raison suffisante pour donner une chance à cette série.

     

    Mais cela ne s'arrête pas là ! Non content de proposer son lot d'actions et de mondes merveilleux, uniques et parfois étranges, « Star vs The Forces of Evil » transcende son schéma de base, comme « Gravity Falls » ou « Steven Universe » avant elle. Au-delà d'une histoire de magical girl qui aurait pu se contenter de bien plus de simplicité et jouer la sécurité, la série se crée très vite une identité propre, et un ton bien à elle. L'humour y est rapide et bien pensé, aussi bien visuel que dans ses dialogues, et il y a souvent de quoi rire aux éclats devant les écrans, et ce quel que soit son âge. Le rythme est effréné, aidé en cela par des épisodes de dix minutes, mais ses scénaristes n'oublient pas de prendre le temps de poser les bases d'un univers qui ne cesse de s'étoffer et de se développer au fil des saisons. Qu'il s'agisse de leurs aventures sur Terre, à Mewni ou ailleurs, Star et Marco croiseront le chemin d'un grand nombre de persos récurrents et attachants, aussi bien parmi leurs alliés que leurs ennemis. Et plus les saisons avancent, plus l'histoire se concentre dans une narration suivie sur la durée, permettant des développements de plus en plus intéressants. Le spectateur est invité à faire attention au moindre détail, la plupart resservant par la suite dans un rôle parfois majeur, et l'on se plaît à tenter de reconstituer les mystères qui nous sont présentés.

     

    Qu'il s'agisse de creuser en profondeur l'amitié, les premiers crushs, les responsabilités et le clash parents-enfants sur ces dernières, la série n'oublie jamais d'être sincère et candide, offrant des moments vrais et touchants. Et si le titre indique une lutte entre le bien et le mal, les limites deviennent de plus en plus flue, au fur et à mesure que Star découvre que les monstres cachent parfois bien plus de profondeur qu'on ne le croirait, et que son royaume est loin d'être tout blanc. Cette approche de la moralité et de sa flexibilité agit comme une véritable bouffée d'air frais, présentant des dilemmes -puis des solutions- qui ont le mérite d'être souvent complexes et terriblement bien mis en scène. De plus, les acteurs qui se cachent derrière les voix des personnages sont talentueux et les font vivre à merveille, qu'il s'agisse d'Eden Sher dans le rôle de Star, ou d'Alan Tudyk dans plusieurs rôles, dont celui de Ludo, premier adversaire des héros qui va lui aussi connaître son lots de tribulations et évoluer pour devenir plus qu'un simple méchant.

     

    Bref, que vous aimiez les séries flashy et pleine d'énergie et de couleurs, les histoires et les personnages développées sur la durée, les enjeux plus subtils qu'on ne pourrait le croire de prime abord ou le tout à la fois, vous ne perdrez pas votre temps en donnant une chance à cette série ! Les premiers épisodes ne sont peut-être pas les plus impressionnants, prenant le temps de poser le décors et les personnages, mais ne manqueront pas de rapidement décoller ! La quatrième saison s'est terminée le 8 avril, et une quatrième est prévue pour courant 2018 et, franchement, il serait dommage de passer à côté sans s'y essayer !