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Univers

  • Où ce n'est pas une promesse, mais au moins un début

     

     

    Thème: How Far We've Come - Matchbox Twenty


    podcast

     

     

    Jorgen Haz se servit une tasse de café bien chaud, comme il le faisait tous les matins depuis bientôt quarante ans. C'était pour lui un rituel immuable, plus sacré encore que le contrôle des générateurs ; il était convaincu qu'il mourrait bien plus rapidement d'un manque de caféine que d'un manque d'électricité. Et puis s'il y avait une panne, qu'elle survienne aujourd'hui comme demain ou dans trois semaines, il se voyait mal y remédier sans l'immanquable breuvage coulant dans ses veines. Et c'était pareil pour tous les autres habitants de la ferme jugés assez grand pour prétendre avoir droit à la source de vie : tous ou presque préférerait affronter trois jours et trois nuits plongés dans le froid et le noir plutôt que de se priver de café. Si l'on pouvait encore appeler café le liquide noirâtre qu'ils ingurgitaient tous dès qu'ils en avaient l'occasion. Il s'agissait plus d'un flegme poisseux que leur corps métabolisait et se mêlait à leur sang en un mélange impie et coagulé qui lui permettait de se répandre doucement dans les veines plutôt que d'y couler. Au bout de quelques minutes, la magie du produit faisait invariablement son effet, lorsque la douce -bien qu'un peu visqueuse- sensation de chaleur s'écoulait jusqu'aux extrémités encore engourdie par le sommeil et le manque de mouvement. Jusqu'à ce qu'enfin, la caféine remonte péniblement le long du corps pour venir atteindre le cerveau, qui affichait jusque là toutes ses lumières plus ou moins éteintes et la clef sous le paillasson. Le goût était infect, l'odeur rappelait plutôt celle du pneu en caoutchouc brûlé que du grain torréfié, mais rien au monde n'était aussi délicieux de Jorgen, même si la vapeur qui s'en dégageait les piquait un peu. Il essuya une larme distraitement de ses gros doigts, comme il le faisait là aussi chaque matin depuis quarante ans. Non, il n'aurait pas voulu commencer la journée avec quoi que ce soit d'autre, même les stimulants qu'ils conservaient dans un une grosse mallette à l'infirmerie. Ils les conservaient pour les cas d'urgence de toute façon, et Jorgen aurait vu leur utilisation comme de la triche, et le procédé lui répugnait. Au point de lui avoir fait perdre une de ses deux chemises préférées lors de la dernière partie de cartes au mess, la veille au soir. Bah, il finirait bien par la récupérer d'une façon ou d'une autre, Jonas savait se montrer raisonnable.

    Mu par un automatisme issu de décennies d'habitudes, il alla vider le fond de sa tasse dans le fond de la machine a café. Certains aimaient mâcher le marc informe qui se déposait invariablement au fond des mugs comme on chiquait du tabac, mais pour Jorgen c'était là du beau gâchis. Tous les restes ainsi récupérés finiraient par passer à travers le processus de filtrage et de recyclage pour faire office de café pour le chanceux suivant. En riant, Anne disait souvent que tous les habitants de la ferme se partageait en réalité la même tasse de kawa depuis au moins trente ans, quand les derniers stocks d'origine avaient été écoulé. En disant cela, elle était sans doute bien plus proche de la réalité que de la blague, et tous devaient bien le réaliser, mais on ne plaisantait pas avec le café. C'était une de ces nombreuses lois tacites et non-écrites qui régissaient vraiment chaque petite communauté depuis la nuit des temps. Des lois du genre qui vous poussait à rester civil avec votre voisin même lorsqu'il était affublé d'un travers agaçant comme, disons, celui de tricher de temps en temps en carte pour vous piquer vos chemises préférées ; on ne sait jamais, ce même gars pourrait vous sauver la vie le jour où vous vous retrouvez avec le bras écrasé par la porte du sas. C'était une multitude de petits accords de ce genre et de preuves de bonne volonté qui avaient maintenu aussi serrés les liens du groupe. Après tout, tout le monde se connaissait à la ferme, et si certains caractères pouvaient parfois s'avérer un peu difficile, cela ne valait pas la peine de se mettre qui que ce soit à dos. Non pas qu'ils aient de véritables problèmes à gérer de ce côté-là ; au fond, ils s'entendaient tous plutôt bien, ou toléraient sans faire d'affaires ceux avec qui les atomes crochus étaient plus rares. Dans l'ensemble, se disait Jorgen, il formait une petite bande plutôt homogène. Et puis dans ce monde, on se serrait les coudes ou on finissait rapidement par ne plus rien avoir à se serrer du tout.

    Toujours sans y penser, Jorgen apporta sa tasse dans le petit évier du sas, où il la nettoya avec application en sifflotant distraitement quelques notes éparses. Il avait une chanson dans la tête depuis son coucher hier au soir, et il essayait désespérément de la faire sortir prendre un tour. Lorsqu'il estima sa tâche accomplie au mieux, à savoir lorsqu'il n'arrivait plus à graver le marc dorénavant incrustant dans le fond du mug à force de quarante ans d'usage répété, il alla la sécher soigneusement avant de la ranger à sa place. Jorgen était de ces hommes consciencieux à l'extrême qui croyaient aux vertus d'un travail bien fait. Sinon, à quoi bon le faire tout court ! Ce genre d'amateurisme ne vous amenait pas loin à la ferme. Tous l'avaient compris, même s'ils avaient aussi leur part de gens plus pressés que soigneux. Mais pas de paresseux ; tout le monde comprenait vite que ce n'était pas une option. Le travail était dur, il ne me manquait pas, et il était nécessaire que tout le monde fasse sa part. Leur vie était délicatement mais efficacement ordonnée pour être la plus agréable possible. Et par agréable, ils entendaient surtout celle qui leur permettait de survivre un jour de plus une fois une nouvelle journée de dur labeur terminé. Ils n'en demandaient pas plus ; Il faut dire qu'ils n'avaient pas vraiment les moyens... Solomon essayait régulièrement de les exhorter à repenser leur système, et à non seulement demander plus, mais à aller le prendre d'eux mêmes. Les plus raisonnables, souvent ceux qui avaient le plus de bouteille à la ferme, se contentaient de l'écouter patiemment en secouant la tête, et même les derniers arrivés et les plus jeunes n'étaient que moyennement transporté par ses sermons. Et puis tout le monde reprenait le travail comme si de rien n'était, parce que ça marchait, et que marcher signifiait vivre. Solomon n'insistait alors pas trop pendant quelque temps, avant de retenter le coup lors d'une soirée qu'il jugeait propice. Pas un mauvais bougre, le Solomon, songea Jorgen. Mais trop d'idées dans la tête, quand la tête se devait surtout d'être pleine des connaissances pratiques qui maintenaient la ferme en l'état depuis tout ce temps. Ils ne savaient pas comment ils faisaient dans les autres exploitations -les communications n'étaient que rarement dans le domaine du possible- et Jorgen doutait que les compagnons aient plus de succès ailleurs. Quand un système marchait, la plupart des gens s''en accommodaient sans rêver à plus. Rêver, c'était pour le sommeil, et encore ; les travailleurs à la ferme préféraient les lourds sommeils sans rêves, où ils avaient alors vraiment l'impression que leur corps profitait de tout le repos qu'il avait besoin pour fonctionner.

    Bah, d'autres esprits que celui de Jorgen Haz étaient mieux à même de penser à ce genre de chose. Il laissait volontiers la réflexion à Solomon et ses semblables, tant qu'ils accomplissaient leur travail comme tout le monde. Et celui de Jorgen était sur le point de commencer : il avait été de garde dans le sas cette nuit, ce qui signifiait que la première sortie du matin lui était réservée. Il n'en était pas plus ravi qu'il n'en était déçu : pour lui, c'était une tâche comme une autre. Il n'avait jamais vu l'intérêt de se perdre en lamentations pour quelque raison que ce soit, et il n'allait pas commencer maintenant. Il espérait juste qu'il ne ferait pas trop froid dehors, avant de dissiper même cette pensée de l'équivalent d'un haussement d'épaules mental. Après tout, il ne pouvait rien autant, alors il n'allait pas gaspiller de l'énergie à s'en plaindre. Il n'avait jamais compris ceux qui avaient élever les grommellement indignés au rang d'art, et se disait tout bêtement que chacun avait son propre système pour continuer d'avancer.

    La mélodie toujours rivée sous son crâne, il alla fouiller dans son sac jusqu'à trouver le baladeur. Le rôle du gardien de sas étant de par sa nature solitaire, on transmettait d'un commun accord l'appareil à celui qui était de piquet. Il l'avait laissé charger pendant la nuit, mais il vérifia néanmoins le niveau d'énergie, et le débrancha dans les règles. On l'avait déjà dit : Jorgen Haz ézait un homme consciencieux. Il vérifia que la bonne cassette était insérée, puis il accrocha l'engin à sa ceinture avant de se planter les écouteurs dans les oreilles. Il appuya sur un bouton, et la musique se déversa aussitôt, familière et énergique. Ils n'avaient pas beaucoup de choix à la ferme, aussi Jorgen se contentait-il de plus ou moins n'importe quel morceau. Celui-ci l'accompagnait depuis, et bien, non pas quarante ans mais vingt-trois, quand le père de Jonas avait amené la cassette le jour où il était venu frapper à la porte de la ferme, Jonas le bébé dans ses bras. Autant dire que Jorgen la connaissait par cœur, et qu'elle lui paraissait appropriée à sa philosophie vie qui se résumait très simplement en « un jour de plus ? Et ben tant mieux, on va tâcher de recommencer demain ! Et si c'est pas le cas, ben au moins on aura fait c'qu'on a pu. Aller, j'vais me reprendre un kawa tiens, ces vieux os vont pas s'réchauffer tout seul ! ». Hochant la tête en rythme, sans un souci dans le monde, il entreprit de se vêtir pour la sortie. Les sous-vêtements thermiques quittaient rarement sa personne, de même que la combinaison de base que portait tout le monde à la ferme. Il enfila les épais pantalons d'extérieur de fabrique militaire, puis les deux anoraks du même tonneaux et, enfin, la grande veste polaire. Une fois habillé ainsi, il donnait l'impression d'avoir doubler de volume, mais c'était là le dernier détail auquel il aurait apporté de l'importance. Il prit soin de vérifier une à une les fermetures selon le règlement de survie du manuel, puis entreprit de mettre ses chaussures d'extérieur. Vu la taille et la complexité des systèmes de verrouillage des monstres, comme on les appelait, il en eut pour cinq ou six bonnes minutes, et il vérifia le tout deux fois. Personne ne voulait sortir de la ferme avec de mauvaise chaussure. Il ne lui restait que l'écharpe râpeuse qu'Anne lui avait tricotée il y a dix ans de cela, puis la cagoule, les cache-oreilles qui contenait l'émetteur à courte portée, le bonnet, et le capuchon doublé de fourrure synthétique à abattre par-dessus de le tout. Quand il eut enfilé les épaisses lunettes de protection dotées d'un affichage électronique rudimentaire mais néanmoins efficace pour ce qu'il avait à faire, il n'y avait guère que sa bouche qui restait exposée à l'air libre, et quelques poils d'une épaisse moustache poivre-et-sel qui finiraient très certainement pas vite geler. Les gants enfilés et raccordés au manches de l'anorak -il vérifia là aussi par deux fois que c'était bien le cas- et son sac de survie accroché dans le dos, il estima être enfin prêt. Il avait déjà consciencieusement noté tout l'équipement qu'il emporté avec lui sur la feuille de sortie ; il ne lui resta qu'à noter l'heure de son départ. Une fois cette dernière formalité accomplie, il contempla une dernière fois l'ensemble du sas du regard satisfait de celui qui savait avoir fait son boulot bien et correctement. Du moins sa première partie, car il ne faisait en réalité que commencer, et la journée serait longue... D'un pas assuré par quarante ans d'habitude, Jorgen Haz se dirigea vers la sortie.

     

    * * *

     

    Le vrombissement de la grosse motoneige paraissait presque étouffé dans l'immensité silencieuse du paysage, mais faisait toujours de bruit au goût de Jorgen. Il y avait des oreilles dont personne qui sortait au-dehors des limites de la ferme n'avait envie d'attirer l'attention. Mais les engins étaient leur seule possibilité de se déplacement vraiment rapidement, et il aurait été bien trop difficile pour eux de s'en priver. Même avec les chiards attelés aux traîneaux, les engins à chenilles étaient le moyen de transport le plus sûr qu'ils avaient à disposition. La ferme possédait trois de ces engins, et tous avaient connu des jours meilleurs. Aussi, leur entretien n'avait à envier son importance qu'au rituel du café. L'un d'entre eux était coincé indéfiniment au garage, le temps que Jonas et son équipe arrivent à le remettre sur pied ; ou plutôt, sur chenille. Deux véhicules fonctionnels suffisaient à la bonne marche de la communauté, mais Jorgen serait nettement plus rassuré le jour où les génies de Jonas auraient enfin réussi à remettre le troisième en marche. On ne savait jamais besoin qu'on allait avoir d'un besoin d'un moyen d'évacuation supplémentaire... Jorgen était conscient qu'il pêchait par excès d'alarmisme, mais c'était dans sa nature : il aimait être paré à toute éventualité comme il aimait que tout soit en ordre. Bah, il ne voyait tout de même pas le besoin de s'inquiéter de ça, du moins pour l'instant. Et il avait confiance en Jonas et ses gars : comme la ferme n'avait pas vraiment les moyens de se faire livre des pièces détachées de remplacement, ils avaient appris à faire des miracles avec ce qu'ils avaient sous la main. Au fond, cela valait bien une chemise.

    La musique émanant toujours des écouteurs se mêlait au bruit du moteur en la cacophonie rassurante de l'habitude, à laquelle Jorgen pouvait ajouter les jappement occasionnels de Shien-Li. Le chiard était installé sa place habituelle derrière le conducteur, maintenu en place par un harnais de fortune bricolé par Jonas. Les chiards pouvaient courir vite, et sur de longues distances, mais il était inutile de les fatiguer quand on pouvait employer les motoneiges à la place des traîneaux, même si certains s'amusaient à faire la course avec les engins motorisés lorsque l'humeur les en prenait. Ils avaient mis du temps pour s'habituer aux moto. En fait, ils avaient mis du temps pour s'habituer à tout ce qui avait de près ou de loin avoir avec la ferme, ses machines et ses habitants. Leur prudence naturelle et leur tendance à détaler au moindre signe de danger potentiel ne leur avait pas valu le surnom de chiard pour rien. Une dénomination qui avait en plus l'avantage de présenter une contraction aussi adéquate qu'un brin humoristique des termes « chien » et « renard ». Car les grands animaux ressemblaient à un mélange étonnant de ces deux créatures canines : fin et élancés, ils devenaient plus massifs au niveau des épaules, où se concentrait une quantité impressionnante de fourrure qui prenait l'apparence d'une crête hérissée lorsqu'ils étaient à l'affût ou menacés. Leurs longues queues touffues se terminait en un panache élégant, et leurs grosses pattes -dotées de griffes impressionnantes, leur permettait de franchir de grandes distances en peu de temps. Leur museau allongé, doté de moustaches tombantes et épaisses, était surmonté par une paire d'yeux vifs et rusés, et leurs oreilles généralement tombante leur donnait un air pataud qui jurait avec le reste de leur élégance. Il ne les dressait que rarement, et ce n'était que rarement considéré comme un bon signe. Leur pelage isolant allait généralement d'un blanc plus pur encore que la neige à un bleu qui devenait presque électrique le long de leur collerette de fourrure dorsale. Certains des habitants avaient appris à la dure qu'ils s'y dissimulaient des poils acérés comme des aiguilles qui provoquaient des démangeaisons très désagréables. Mais dans l'ensemble, depuis qu'ils avaient appris, à force de patience, à cohabiter avec eux, les chiards faisaient des compagnons loyaux. Ils n'étaient pas à proprement dressés ; ils donnaient plutôt l'impression de volontiers donner un coup de main à ces deux-pattes maladroits, surtout quand ces derniers partageaient la viande et les épis de maïs qu'ils cultivaient dans les serres de la ferme. Bizarrement, les mais étaient devenus un pêché mignon pour les chiards, qui se régalaient de ses grains qui se coinçaient entre leurs dents. Les deux communauté vivaient en bonne entente, et Jorgen était persuadé que les bestioles comprenaient encore mieux qu'elles ne voulaient le laisser entendre les paroles et les ordres des humains. Il y avait une intelligence redoutable derrière leurs yeux bleus, et plus d'une fois les habitants de la ferme s'étaient lancés dans des débats enflammés sur le niveau d'éveil de leur conscience. Là aussi, Jorgen laissait le débat aux autres : il n'avait pas besoin d'en savoir plus pour estimer leurs compagnons à quatre pattes, et il appréciait leur compagnie. Il y avait quelque chose de rassurant à se dire qu'on n'était pas le seul groupe à survivre ainsi à la surface d'un monde hostile. Et si ça se trouve, Shien-Li et ses congénères pensaient la même chose...

    Au moins, il n'y avait pas besoin de longues discussions pour conclure qu'en ce qui concernait les rocasses, l'intelligence telle qu'on la percevait en tant qu'humain n'était pas vraiment de mise : plutôt une obstination bornée qui pouvait déborder sur la ruse et, généralement, des éclats de caractères soudain qui devaient bien amusé les grandes bêtes cornues et faisaient à chaque fois japper les chiards présents comme s'ils étaient en train de rire à n'en plus finir ; ce qui était peut-être le cas... Mais les rocasses avaient l'avantage de rester assez dociles une fois qu'on avait appris à les mâter, et les grands cerfs laineux étaient une source appréciable d'élevage, que ce soit pour leur viande, leurs bois, leur cuir ou leur fourrure. Tous ces éléments faisaient partie des fondamentaux qui permettaient d'améliorer le quotidien des habitants de la ferme, et s'assurer de l'état du troupeau de rocasses au matin revenait au gardien du sas. Jorgen avait accompli sa tâche avec diligence, même lorsque l'une des grandes bêtes donna l'impression de lui marcher volontairement sur le pied. Et vu la taille des sabots et la force de l'animal, même les monstres aux pieds de l'humain ne pouvaient encaisser le choc sans broncher. Shien-Li, qui accompagnait Jorgen, s'était aussitôt mis à japper comme un fou, dissipant le moindre doute qui aurait encore pu se terrer sous le crâne de Jorgen : le chiard se payait sa tête, c'était un fait. Loin de se laisser démonter par un incident aussi trivial, Jorgen continua sa tournée jusqu'à juger l'état du troupeau satisfait avant de se dirger vers le garage et la motoneige, suivi d'un chiard hilare.

    Cela faisait une heure maintenant qu'il roulait, et plutôt vite ; en fait, il avait déjà dépassé la limite habituelle du périmètre de reconnaissance de quelques kilomètres. Il ne savait pas trop pourquoi, mais il avait ressenti l'envie de pousser un peu les moteurs ce matin, et de bouleverser un brin ses habitudes. Ce qui, en quarante ans de bons et loyaux services à la ferme, n'arrivait pour ainsi pas souvent à quelqu'un comme Jorgen Haz. Mais il avait fait un rêve cette nuit, et la nuit précédente, et celle d'avant. Et ce qu'il aimait encore moins que bouleverser ses habitudes, c'était de voir son précieux sommeil réparateur ainsi perturbé. Et puis quelque chose d'autre retenait l'attention de leur petite communauté depuis quelques jours : les appareils de détection longue portée avaient perçu des relevés...inhabituels. Des signaux dont la nature n'était pas certaine, parce que leur équipement n'était pas de la première jeunesse, et ne marchait que parce que le bric et de broc qui le constituait continuait de survivre tant bien que mal au fil des modifications de Jonas. Ce n'était pas la première fois qu'ils auraient été perturbé pour rien, victimes de glitchs dans le système, mais Jorgen avait la curieuse impression que cette fois-ci, il s'agissait de quelque chose d'autre... Quelque chose...d'important, il n'aurait pas su dire pourquoi. Et il n'était pas le seul à le penser, à la ferme, et quelques regards soucieux avaient été échangés ces derniers jours ou, du moins, plus de regards soucieux que d'habitudes. Il y avait quelque chose dans l'air, comme qui dirait. La brume il y a quelques jours de cela n'avait rien arrangé non plus : le phénomène était rare, et toujours angoissant. Annonciateur de mauvaises nouvelles, disaient les impressionnables et les crédules, et Jorgen n'étaient pas de ceux là. Mais même lui ne pouvait ignorer cet étrange picotement presque électrique qui dansait le long de sa nuque...

    Alors aujourd'hui, au diable les habitudes, il avait décidé de pousser la reconnaissance plus loin que prévu dans la direction des relevés. Il pouvait voir la montagne qui s'élevait au loin, glacier anguleux se découpant sur un ciel bleu dépourvu du moindre nuage. Il ne neigeait pas aujourd'huil ce qui rendait la sortie plus agréable, mais Jorgen ne s'inquiétait pas vraiment qu'il se mette à tomber des flocons. Il neigeait rarement, finalement, et la neige qui était déjà tombée manifestait simplement une capacité étonnante à rester en place quoi qu'il arrive. Rien ne fondait, ici. L'éclat du ciel qui luisant dans la neige blanche uniforme aurait pu sérieusement endommagé les yeux de Jorgen s'il n'avait porté ses lunettes ; il se demandait comment Shien-Li ou les rocasses faisaient, mais les deux espèces semblaient nullement incommodées. Les merveilles de l'évolution, sans doute, se disait Jorgen, puis il arrêtait d'y penser. Son regard se fixa une fois de plus sur le sommet au loin ; certains disaient l'avoir entendu grondé il y a peu, mais là encore, difficile de séparer les données véritables des impressions des gens. Quand on passait autant de temps dans un endroit isolé comme la ferme, on se persuadait parfois de drôles de choses... Bah, ce n'était sans doute rien, se répéta Jorgen tandis que la chanson faisait de même dans son casque. Il ferait quelques kilomètres de plus, et puis il rebrousserait chemin, un peu honteux d'avoir gaspiller du kérosène quand ce dernier était si précieux pour la ferme. Non, décidément, cela ne lui ressemblait pas, il.. Derrière lui, Shien-Li se mit soudainement à aboyer, et il put sentir l'animal se tendre dans son dos. Jorgen coupa aussitôt le contact, et le moteur se tut progressivement dans une successions de crachotements de plus en plus faible. Il détacha sa sangle, sauta à terre et fit de même pour Shien-Li. Le chiard bondit avec grâce dans la neige, ses pattes s'y enfonçant à peine malgré son poids. Il se mit à trottiner en cercles autour d'un véhicules, des cercles de plus en plus grands jusqu'à ce qu'il s'arrête tout à coup, la truffe plantée vers le sol, la fourrure hérissée et plus bleutée que jamais dans son dos.

    -Qu'est-ce que tu as trouvé, mon grand ? lui demanda Jorgen tandis qu'il le rejoignait en une succession d'enjambées pénibles. Il n'était pas doté de la grâce naturelle d'un natif de ce monde, lui, et chacun de ses pas s'enfonçait profondément dans la neige. Mais il arriva à bon port rapidement, et s'accroupit pour mieux voir.

    -Qu'est-ce que tu nous a déniché mon vieux ? Il ne serait venu à l'esprit d'aucun habitant de la ferme d'appeler Shien-Li ou n'importe lequel de ses semblables « mon chien ». D'abord, Jorgen ne vit rien de spécial, et se demanda si ce que le chiard avait perçu était enterré sous les flocons. Puis il les repéra. Des traces, ou du moins des marques qui ressemblaient à des traces de pas. Comme il n'avait pas neigé depuis quelques temps, ce n'étais pas anormal que des traces restent ainsi préservées. Il faudrait au moins quelques jours pour que celles de la motoneige disparaissent totalement, par exemple. Les empreintes étaient petites, et les formes régulières indiquaient plus volontiers des chaussures que des pattes d'animaux. Vue leur taille, elles faisaient tout de suite penser à un enfant, ce qui saisit Jorgen d'un frisson glacé à l'idée que n'importe quel gamin puisse être perdu ainsi au milieu de nulle part.

    « Bon sang... » grommela-t-il entre ses dents ce qui, pour Jorgen Haz, était le summum d'un mouvement d'humeur qui ne lui était pas coutumier. Mû par l'instinct, il commença à suivre les traces, qui allaient approximativement en direction de la ferme ou, du moins, d'où venaient Jorgen et Shien-Li. Après une vingtaine de mètres, ce qui revenait à une marche plutôt pénible, ce fut en soufflant qu'il stoppa tout à coup, stupéfait : les traces s'arrêtaient net. Incrédule, il avança encore un peu, balayant la neige devant lui de ses yeux cachés derrières les lunettes, mais elles ne reprenaient pas plus loin. Il revint en arrière, interdit, ne sachant que faire ni que penser. Il se demanda un instant s'il allait retrouver un petit corps enterré dans la neige mais ça ne tenait pas debout : rien n'était tombé ces derniers jours pour le recouvrir. Il ne voyait plus qu'une chose à faire : il changea la fréquence des émetteurs dans ses cache-oreilles tandis qu'il retournait à la moto.

    -Base, ici Jorgen. Je suis en sortie de reconnaissance, un poil plus loin que les limites habituelles, à ... Il plissa les yeux pour mieux lire l'affichage intégré dans ses lumières de protection, puis énonça les coordonnées.

    -Il y a un truc bizarre. Pas de danger visible, mais ça vaut la peine que j'aille jeter un œil. On a peut-être quelqu'un dans la nature. Dites à Anne de se tenir prête au cas où, terminé.

    -Reçu Jorgen, crachota une voix à travers les parasites : leur équipement de communication était aussi âge et capricieux que le reste. Fais gaffe à toi mec, et tiens nous au courant ! Base, terminé !

    Jorgen hocha la tête dans la vide, puis rebascula sur la chansons tandis qu'il installait Shien-Li sur la motoneige. Il y monta a à son tour et la fit démarrer avant de suivre à vitesse minimal les traces dans l'autre sens, espérant remonter jusqu'à leur origine. Après environ deux heures et deux nouveaux rapports pour rassurant son contact à la ferme, il arrivait au bout de son périple. Cette fois-ci, après être descendu, il se saisit du vieux fusil accroché le long du véhicule. Il espérait ne pas en avoir besoin, et doutait d'en arriver là, mais il préférait jouer la sécurité. A ses côtés, Shien-Li humait l'air et semblait lui aussi jouer sur la carte de la prudence. Puis il s'élança d'un bond vers la forme couchées dans la neige, à une dizaine de mètres de là, d'où venaient les traces. Jorgen n'avait pas eu besoin de s'approcher beaucoup de l'anomalie, à défaut d'autre nom, pour se faire une idée plutôt précise de ce dont il s'agissait.

    -Ben merde... lâcha-t-il sombrement. Pauvre gars.

    Car il s'agissait bien d'un corps : un jeune homme, sans doute pas plus de trente ans, c'était dur à dire avec ses traits gelés par le froid. Il était habillé chaudement, mais pas chaudement assez. Et ici, à la surface, ça faisait toute la différence, et le pauvre bougre avait payé son erreur de sa vie. Il était allongé, comme s'il dormait, les bras croisés sur la poitrine. D'une manière qui laissait à penser que quelqu'un l'avait fait pour lui, peut-être l'enfant responsable des mystérieuses traces disparues... Il savait ce qu'il allait découvrir un peu plus loin mais alla vérifier par acquis de conscience : deux paires d'empreintes menaient bel et bien jusqu'ici, des petites et des grandes. Ils avaient dû s'arrêter pour se reposer, et le jeune gars ne s'était jamais réveillé. Coup classique. Shien-Li gémissait doucement, tournant autour du corps, sa truffe à la recherches d'odeurs et d'histoires que lui seul pouvait déchiffrer...

    -Qu'est-ce que tu as là, mon gars ?

    Intrigué, Jorgen s'appuya sur son fusil pour mieux s'accroupir et observer ce qui avait attiré son regard. Sous ses mains croisées, l'homme semblait tenir un carnet dans la mort. Délicatement, alors que la musique qu'il n'avait pas songé à éteindre continuait de cogner dans ses oreilles, les images d'un rêve oublié derrière les yeux, comme hypnotisé, il essaya de dégagé l'objet. Il avait peur que le gel l'en empêche mais, curieusement, il n'en fut rien, et il pu s'en saisir sans causer dommages au livre comme au corps. Plus curieusement encore, le carnet ne semblait pas froid : il put l'ouvrir et tourner quelques pages, couvertes d'une écriture à la fois appliquée et maladroite qui ne pouvait appartenir qu'à un gosse. Il n'était pas beaucoup rempli, seulement quelques pages, aussi Jorgen chercha-t-il la première, des fois qu'il y trouvera un indice. Ce fut le cas : à voix basse, comme pour se convaincre de la réalité de cette trouvaille incongrue et de l'état de ce journal qui aurait dû se briser entres ses doigts, il lu :

    -Journal de Lucie Robbins.

    Lucie. Le nom ne lui disait rien, et pourtant il avait l'impression de se rappeler de quelque chose à l'arrière de son crâne. Il se souvint d'un rêve de bleu, encore un de ceux qui l'avaient empêché de bien dormir ces dernières nuits. La bouche sèche, il eut soudain peur de tourner les pages, peur de ce qu'elles allaient révéler, et pourtant il ne pouvait s'en empêcher. Il allait continuer sa lecture quand un aboiement soudain de Shien-Li l'arracha de sa contemplation. Le chiard se tenait en position de défi, la fourrure hérissées et pointues, d'un bleu si électrique qu'il crépitait presque.

    Cette fois, Jorgen Haz n'eut pas de mot pour accompagner le choc de ce qu'il voyait.

     

    * * *

     

    Tout avait été noir. Un noir rassurant, chaleureux, doux. Chaud. Surtout chaud, enfin. Et puis il y avait eu le bleu. Un bleu éclatant, pendant une seconde, pendant un siècle, pendant mille ans. Rien d'autre que le bleu, si ce n'était le néant. Et puis tout à coup une truffe chaude, des voix si lointaines qu'elles auraient pu venir de l'autre côté du monde, et une sensation bien connue, atroce, terrible, de froid. D'un froid horrible qui l'arrachait au bleu, qui le replongeai dans un univers de lames de couteaux et de souffrance, et de neige, et de vent.

     

    Arthur Kent ouvrit les yeux.

     

  • Contexte: Amérique du Nord

    Pour passer le temps, et comme je me sens inspiré, j'ai décidé de m'amuser à mettre en place un contexte d'univers pour un éventuel forum de jeu de rôles. Parce que je n'en trouve aucun à mon goût en ce moment, et qu'on ne sait jamais, peut-être que je trouverai moyen de lancer quelque chose de mon crû!^^ Comme j'aime bien les univers d'anticipation -entre le contemporain et le futuriste- et les concepts de mutants à la X-Men, je tente le coup dans le genre (et puis j'ai fait mes premières armes sérieuses de forum rp sur un forum de mutants il y a des années, c'est nostalgique, les mutants). J'ai déjà un contexte, mais en attendant de le retravailler, je mets ici la manière dont j'envisage mon monde, en commençant par ce que sont devenus les USA en particulier et l'Amérique du Nord en général (parce que je trouvais ça marrant de jouer avec^^). Voici donc!

     

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    Petit état des lieux en 2041

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    AMERIQUE DU NORD

     

     

     

    Durant les trois dernières décennies, les états de celle qui était parfois considérée comme la plus grande et glorieuse nation du monde, finirent par se désunir ici et là. Sous le coups de pressions internes et de désaccords avec d'autres états, les états se morcelèrent pour donner naissance à plusieurs blocs bien décidés à prendre leur indépendance. Après tout, ils l'avaient déjà fait une fois, non ? Les États-Unis d'Amérique ne sont plus : le continent est aujourd'hui composé de plusieurs petits états indépendants les uns les autres, dont les territoires se modifient au gré des alliances et des mésententes, des trusts et des conquêtes. Actuellement, l'Amérique du Nord est en pleine agitation, la République du Texas en tête : il en faudrait peu pour mettre le feu aux poudres...

     

     

     

    On trouve donc :

     

     

     

    New Victoria : cette coalition d'états le long de la côte est n'est pratiquement qu'une immense mégapole, qui relie entre autre New York et Washington. Cette cité état représente bien l'âge des mégalopoles tentaculaires, et se veut aussi moderne et accueillante que possible. Elle persiste à vouloir représenter l'ancien idéalisme américain, mais son patriotisme est flamboyant et destiné à mettre des étoiles dans les yeux des étrangers, au contrait du patriotisme agressif et réactionnaire du Texas. D'apparence, la mégalopole qu'est New Victoria brille de mille feux, mais l'ordre n'y règne pas autant qu'elle essaie de le faire croire. Si les centres sont bien entretenus et protégés, il en va autrement pour les arrondissements et les régions moins importante économiquement parlant. Le niveau de vie reste relativement correct, mais la criminalité y est plus présente qu'ailleurs. Le gouvernement fait de son mieux pour mettre en avant la magnificence de ses centres urbains et tous les symboles qu'ils ont décidé de conserver de l'Amérique : indépendance, mérite, liberté. La célèbre statue non loin de New York se dresse encore fièrement, et la région est toujours aussi synonyme de nouveau départ. Au nord, et pour appuyer sa politique d'image, New Victoria a fait du Vermont et du New Hampshire une sorte de parc national réservé aux espaces verts et de détente. Au Maine, il pleut toujours autant. Plus l'on descend vers le sud, vers l'ancienne Virginia, et plus la région devient rurale. A la frontière avec les anciens états du Sud (la Fédération des États-Unis), les différences culturelles s'amenuisent, et les conflits sont nombreux concernant les droits des deux jeunes nations sur cet état et, plus encore, sur le Protectorat de Caroline, qui n'appartient techniquement ni à l'un ni à l'autre. New Victoria est gouvernée par le Président et son Assemblée, qui siègent par tradition à Washington (ce qui énerve beaucoup le Texas, qui n'aime pas voir « la Maison Blanche aux mains d'étrangers »). New Victoria se veut très progressiste du point de vue mutant, même si l'ancienne blessure de 2001 n'a en réalité pas encore vraiment guéri... Comme pour tout ou presque en ce pays, tout est question de façade.

     

     

     

    Les anciens états constituant New Victoria sont : Maine, Vermont, New Hampshire, Rhode Island, Connecticut, New York, Pennsylvanie, Delaware, Maryland, Virginie occidentale, Virginie

     

     

     

    La Fédération des États-Unis : sous ce nom ronflant se cache une autre nation bien décidée à faire valoir au monde son seul droit de véritable héritière des glorieux USA d'antan. Ce sont principalement les très anciens clivages sociaux et d'esprit entre le sud et le nord qui ont donné naissance à cette nouvelle sécession. Nul besoin de guerres cette fois-ci, à peine quelques escarmouches ici et là : le sud se détacha tranquillement, sans faire d'histoire, en bon gentleman, et devint...ben, le Sud. Ce qu'il avait toujours été, et sera sans doute toujours. On y vit la même vie, sans se presser de voir évoluer les mentalités. D'ailleurs, c'est sans doute l'un des endroits sur Terre les plus intolérants aux mutants. La religion catholique a toujours autant de poids dans la balance, et le pouvoir gouvernemental est si lié avec celui de l’Église qu'on connaît aussi cette nation sous le nom de « Fédération Sainte des États-Unis ». D'ailleurs, l’Église songe à y élire son premier pape sur continent américain, ce qui n'est pas sans causer son petit lot de complications... Bref, dans le sud, ce sont les vieilles valeurs qui prennent le dessus. D'accord, les minorités ne sont du coup pas particulièrement bien traitées (mais il vaut toujours mieux être noir que mutant ; et ne parlons pas de ce qui risque de vous arriver quand vous naissez les deux à la fois dans le coin...), et l'état prône une suprématie blanche et chrétienne du plus bel aloi. D'accord, on dit même que la renaissance active florissante du Ku Klux Klan -se concentrant bien évidement sur la chasse aux mutants- est sanctionnée -ou au minimum- tolérée par l'état. Mais un gentleman ne saurait commenter sur des rumeurs ! Quand on est blanc, non mutant, propre sur soi et qu'on connaît ses valeurs, il fait plutôt bon vivre dans la Fédération des États-Unis. Le climat y est doux, la criminalité plutôt faible, et on a le Seigneur de son côté. Pour les autres, mieux vaut tenter sa chance avec les alligators qui règnent toujours dans les parcelles des bayous qui n'ont pas encore été civilisées à grand coup de buildings. La Fédération ne s'entend pas très bien avec sa voisine du nord, New Victoria : les deux nations entrent régulièrement en conflit à propos de la Virginie et du Protectorat de Caroline. Le gouvernement est assuré par le Président de la Fédération.

     

     

    Les anciens états constituant la Fédération des États-Unis sont : Tennessee, Mississipi, Alabama, Géorgie

     

     

     

     

     

    La République du Texas : alors là, on ne rigole pas!Le Texas était déjà un grand état du temps des USA, il l'est plus encore aujourd'hui ! Surtout depuis qu'il a annexé l'Oklahoma de force, et qu'il a transformé le Nouveau-Mexique en zone de guerre ! Et quand on rajoute les tensions avec grosso modo toutes les autres nations du continent (y compris, étonnamment, la Fédération des États-Unis) et le Mexique, autant dire que ce coin du globe est assis sur une poudrière ! La République du Texas a les ressources et la puissance militaire pour être parfaitement indépendante, ou du moins c'est ce qu'elle met un point d'honneur à faire savoir au reste du monde en générale et de l'Amérique du Nord en particulier. État militaire fortement policé, où pratiquement chaque citoyen porte une arme et est tenu de servir un temps dans l'armée, on peut au moins dire que la sécurité règne ! La liberté de pensée et d'opinion, par contre... Fortement catholique, réactionnaire et isolationniste, le Texas se voit comme l'ultime parangon des vraies valeurs américaines, un îlot d'ordre et de vertu au milieu du chaos et de la dépravation. Le Président Général (souvent simplement appelé par son grade, le Général) et son état-major gouvernent d'une poigne de fer dans un gant d'acier, et ne plaisantent pas avant les dissidents ! Les mutants sont évidemment mal vus, mais au même titre que les étranges. Et pour la République, tout ce qui n'est pas texan est étranger. Donc mutant, d'un certain point de vue assez tordu. Il serait exagéré de dire que la République du Texas est la nouvelle Corée du Nord, mais il s'agit d'un état militariste, agressif et très fermé. Avec, comme but avoué, celui de réussir à réunir un jour l'ensemble du continent sous sa bannière à une étoile. Circulez, y a rien à voir ! Oh, et autant ne pas se mettre un Texas Ranger à dos : ils sont redoutables, surentraînés, inflexibles et ne lâche jamais leur proie, prêts à la poursuivre au bout du monde si nécessaire !

     

     

     

    Les anciens états constituant la République du Texas sont : Texas, Oklahoma, et la République persiste à compter le Nouveau-Mexique dans le lot, tandis que se dernier refuse catégoriquement de plier le genou et est devenu une sorte de zone de guerre permanente. Et on ne parle même pas du danger qu'il y a à aller cueillir les fleurs le long de la frontière mexicaine..

     

    Le Protectorat de Caroline : les deux états de Caroline ont depuis longtemps fusionnés en ce qui n'est qu'une grande mégalopole étendue parmi d'autres. Il s'agit d'un protectorat dans le sens où de nombreux traités commerciaux la lient avec des entreprises à la foi en New Victoria et en Fédération des États-Unis. C'est un sorte d'état tampon entre le nord et le sud, qui profite de sa situation et qui fait office de terrain neutre pour les relations entre les deux pays. Le protectorat ne doit son existence qu'au statu quo régnant entre les deux nations voisines, aucune d'entre elle n'ayant actuellement la puissance et les ressources nécessaires pour conquérir ce territoire au nez et à la barbe de l'autre. La Caroline sait cet état précaire, et fait de son mieux pour préserver ce fameux statu quo qui arrange tout le monde...pour l'instant. D'ailleurs, elle a gagnée une réputation de neutralité au sein de tous les anciens USA, et de nombreuses rencontres entre les nouvelles nations nord-américaines se déroulent sur son sol, comme une nouvelle tradition. Lorsqu'on dit qu'on va « voir Caroline », c'est qu'on se montre neutre. Le Protectorat est dirigé par le Secrétaire Général de Caroline et son comité.

     

     

     

    Fédération de l'Ouest : encore des gens qui ne se sont pas foulés pour se trouver un nom, mais il ne s'agit après tout que de ça : une fédération d'états alliés dans les faits mais qui restent extrêmement indépendant. Personne n'embête son voisin, et on se sert tous les coudes au nom de la mentalité du cool associée depuis toujours à la Californie et à ses petits copains. Du coup, la Fédération de l'Ouest est un peu considérée comme l'enfant terrible de la nouvelle Amérique du Nord. Personne ne la prend vraiment au sérieux en tant que nation, et elle ne cherche pas particulièrement à améliorer son image de marque. Il peut se révéler utile d'être sous-estimé. Ce qui est le cas : outre pas mal de déserts a priori sans grand intérêt (la Fédération ne s'est pas amusée à y étendre ses mégalopoles), y trouve le barrage Hoover. Détenu par l'entreprise qui a donné naissance à la Fédération et qui le garde farouchement depuis lors. Autant dire que cela encourage les voisins à garder de bons contacts, d'autant que la Fédération reste raisonnable. Alors le reste du continent la laisse se charger du barrage, des déserts pas très intéressants qui l'entourent, et de tout le fun qui est la marque de fabrique de l'ouest américain. Las Vegas se porte mieux que jamais, et la Californie n'est qu'une immense ville côtière entièrement tournée vers les loisirs, la libre entreprise et la joie de vivre. Dans toute la Fédération, les mentalités sont à la cool, et les mutants sont généralement très bien intégrés. La Fédération semble faire un effort conscient pour ne rien prendre au sérieux, même la faille de San Andreas qui devient pourtant de plus en plus inquiétante... La Fédération de l'Ouest est une nation à deux visages : à la fois parc de loisirs géant et siège corporatifs d'entreprises aussi diverses que sérieuses. C'est le pays où tout peut arriver, et ce plus que jamais. Si vous voulez vous amuser sans lendemains, Fédération de l'Ouest ! Si vous voulez créer une entreprise novatrice et totalement libre, pour faire avancer la science ou simplement gagner un max d'argent, Fédération de l'Ouest ! De nombreux domaines connaissent des avances spectaculaires dans le coin, qu'il s'agisse d'industrie, de l'informatique, du domaine de la santé ou encore du transhumanisme et de ses augmentations synthétiques. Quand le gouvernement s'en rappelle, il règne via un Président et un sénat secondé de comités des entreprises les plus riches et florissantes. Oh, on dit qu'il existe toujours une zone 51, mais plus personne ne s'en soucie vraiment. On préfère plutôt parler de la mystérieuse zone 52... Actuellement, la Fédération hésite fortement à s'impliquer dans le conflit qui fait rage entre le Nouveau-Mexique et la République du Texas. Techniquement, le Nouveau-Mexique était censé faire partie de la Fédération, mais cette dernière n'as pas trop envie de se heurter militairement avec le Texas... L'annexion, demandée à la fois par certains en Fédération de l'Ouest et au Nouveau-Mexique lui-même, reste un sujet brûlant qui divise l'opinion. Mais d'un point de vue moral et idéal, la plupart de la population serait prête à soutenir leur voisin. Halte la tyrannie, faut être cool mec !

     

    Les anciens états constituant la Fédération de l'Ouest sont : Californie, Nevada, Utah, Arizona

     

     

    La Ligue des États-Unis d'Amérique : cette nation représente le territoire uni le plus étendu des anciens USA. Il n'est pas constitué des états les plus puissants et influents à la base, mais le nombre fait leur force. Leur nombre, et leurs ressources. La Ligue possède le plus d'espaces étendus du continent (avec le Canada), et a fait de l'agriculture et de l'élevage ses principaux domaines. On la surnomme souvent -et à raison- le grenier du nord. Les mégapoles y sont moins étendues, on a plus de chances d'y grandir à l'air libre qu'ailleurs, et le calme règne. Le Parlement qui dirige la Ligue fait de son mieux pour maintenir les meilleures relations possibles avec ses voisins, qui dépendent en partie de ses exportations et n'ont pas vraiment les moyens de l'annexer par la force. C'est une large bande de terre plutôt tranquille en ce monde parfois chaotique, et on pourrait presque se laisser aller à la qualifier de bucolique. La vie n'y est pas très dangereuse, les gens n'ont pas à se plaindre, et seule une mentalité encore à l'ancienne peine à pleinement accepter les mutants en leur sein (mais c'est bien moins pire qu'au Texas ou à la Fédération des États-Unis). Globalement on y est méfiant mais loyal, terre à terre, et le mérite y a sa place. Elle représente l'image d'une vie idyllique, aussi proche de la nature qu'il est possible de l'être dans une Amérique plus urbanisée que jamais. On y trouve quand même de grandes cités où la vie est globalement plus stressante, voir un poil plus dangereuse qu'ailleurs : on songe notamment à Détroit, devenue une gigantesque fondrie/usine/centre de récupération des déchets (on l'appelle souvent la Décharge) ; le travail y est dur, et la sécurité guère assurée. La Ligue essaie sans cesse de la remettre sur pied et de soigner sa réputation, mais la pègre sur place fait de la résistance. Tout le Michigan dans son ensemble est une mégalopole plutôt mal famée, à vrai dire. Dans le reste du pays, la vie est tranquille, et on peut marcher plusieurs kilomètres sans tomber sur une voiture ou même sur un autre chaland : ce qui, aujourd'hui, est plutôt rare. Depuis quelque temps, les régions du nord de la Ligue (comme le Wyoming, le Dakota du Sud, l'Oregon ou encore le Minnesota) songent de plus en plus à rejoindre le Canada, qui se dit prêt à les accueillir... L'Arkansas et l'Oklahoma se font courtiser par la Fédération des États-Unis depuis un bail, et ils pourraient bien finir par se laisser tenter : les mentalités sont assez similaires, et ils ont un peu peur du Texas...

     

     

     

    Les anciens états constituant la Ligue des États-Unis sont : Oregon, Idaho, Wyoming, Dakota du Sud, Minnesota, Nebraska, Kansas, Iowa, Missouri, Oklahoma, Arkansas, Wisconsin, Illinois, Michigan, Indiana, Ohio, Kentucky

     

     

    Cas particuliers : trois états ont réussi à se débrouiller dans leur coin pour rester indépendants : la Floride, la Louisiane et Hawaii. En raison de son éloignement, Hawaii n'a guère eu de problèmes à faire officiellement sécession dans son coin. Elle est dirigée par un Gouverneur, lui même à la tête de la police militaire qui veille farouchement sur l'archipel. La loi y est musclée et des plus directes, ce qui n'arrange pas toujours les locaux -qui doivent se farcir le régime en permanence- mais rassure les touristes, qui restent le revenu majoritaire.

     

    La Floride représente une véritable retraite dorée pour les élites des nations américaines : de nombreuses entreprises et de riches et puissants particuliers s'assurent qu'il en reste ainsi. Quand on a de l'argent et qu'on souhaite s'éloigner des oreilles et des yeux indiscrets du continent, c'est généralement là qu'on se rend. De nombreuses inondations ont noyé de manière permanente une partie de la côte, et la mer semble gagner petit à petit du terrain.

     

    Enfin, la Louisiane est plus que jamais devenue un véritable petit trublion pour le sud en général, et pour la Fédération des États-Unis en particulier. Elle fait tout son possible pour garder son indépendance vis-à-vis de cette dernière, qui n'arrive pas à la garder sous son joug. La mentalité y est bien plus relax (les mutants y sont très bien tolérés), l'identité louisiane est devenue de plus en plus forte avec le temps, et on aime y faire la fête, pas persécuter son prochain (il y a des choses beaucoup plus intéressantes à faire avec son prochain).

     

     

     

     

     

     

    La Ligue monarchique canadienne : sans grande surprise, le Canada peut se targuer de conserver la plus grande superficie, même si les espaces naturels ont grandement diminué au fur et à mesure que les mégalopoles ont gagné du terrain. Les longues routes loin de la civilisation sont bien moins nombreuses, et les forêts bien moins dense : on y abat du bois à tour de bras ! La vie y est plutôt tranquille, moins sauvage, et les gens sont toujours aussi polis. L'échec des USA voisins à maintenir leur cohésion et l'envie de s'étendre ont renforcé le sentiment monarchique du grand pays. Le pouvoir royal a la faveur des citoyens, et le système fonctionne bien. Il fait plutôt bon vivre au pays de l'érable, ce qui a séduit plusieurs régions voisines : l'Alaska, le Washington et le Dakota du Nord. D'autres régions nordiques des anciens USA caressent l'idée de rejoindre la ligue, et cette dernière se montre ouverte à l'idée sans pour autant faire preuve de la moindre soif de conquête. Le Québec y est toujours fort bien intégré, merci pour lui. La Police montée est toujours de la partie, mais n'a rien d'un anachronisme : elle est aussi efficace que respectée. Les mutants sont bien considérés tant qu'ils ne font pas d'histoires, et la bonne entente est généralement de mise. La monarchie et ses ministres s'opposent aux entreprises qui rêvent de se partager la région, ce qui représente un combat de tous les instants dans un monde où les sociétés ont plus de pouvoir que jamais.

     

     

     

    Le Groenland : le pays n'a pas vraiment changé...en apparence. En réalité, il est entièrement possédé et dirigé par un conglomérat d'entreprises et de sociétés qui y ont leur siège et entretiennent un gouvernement qui ressemble plus à un conseil d'administrateurs que de ministres (même si certains diront que c'est la même chose). Beaucoup de choses se passent au Groenland d'un point de vue corporatif, rivalisant avec des mégapoles du même tonneau comme Singapour, Taïwan ou Hong-Kong.

     

  • Chaos

    Comme je n'ai pas pris le temps d'écrire hier et aujourd'hui, j'en profite pour mettre ici la troisième et dernière partie de la genèse de mon monde d'Iqhbar.^^ Voici donc!

     

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    Chaos

     

     

     

    « Il sommeillait la plupart du temps entre deux galaxies, plus immense que le plus grand des univers et pourtant pas plus grand qu'un atome de matière. Il se laissait dériver, happant des matières mortes et vivantes sur son passage afin de les rejeter en de nouvelles possibilités. Il était la fin et le début, le néant et le tout; il était le laboureur des multivers quels qu'ils soient. Et l'anormalité de la croissance d'Iqhbar l'avait éveillé, comme jamais il ne l’avait encore été. Il sut qu’elles en étaient les instigatrices, pour en avoir rencontrées et absorbées au cour de ce que, faute d’autre mot, nous pouvons appeler ses déplacements. Elles avaient toujours été son contraire : là où elles créaient, lui apportait la fin. Mais ils étaient aussi complémentaires, car sa fin permettait de nouveaux débuts, de nouvelles découvertes, de nouvelles histoires… Jamais elles ne l’avaient craint pas plus qu’il ne les avait haïes . Elles savaient qui il était. Certaines d'entre elles je jetaient parfois à sa rencontre lorsqu'elles le croisaient, afin de découvrir un autre niveau, d'être rejetées avec leur savoir dans les univers. Il n’était pas pour elles un danger, mais le symbole de toute une myriade de nouvelles possibilités, et chacun de ses éveils occasionnait chez elles le plus vif intérêt. Mais cette fois-ci, ce fut différent. Ce qu’il sentit suite à l’épanouissement d’Iqhbar fut si particulier qu’il ne put savoir si c’était la première fois qu’il le sentait ou si cela faisait tellement longtemps qu’un tel phénomène s’était produit qu’il l’avait oublié.

     

     

     

    Alors il se mit en route.

     

     

     

    Elles le sentirent. Elles n’avaient pas toutes quitté Iqhbar lors de leur dernier exode, non. Elles étaient peu, parmi les plus curieuses et les plus éveillées. Celles qui avaient fini par s’attacher plus qu’il était coutumier de leur espèce de ce monde qu’elles avaient créé avec tant d’amour. Certaines d’entre elle partirent à le rencontre de celui qui arrivait, décidées à finir leur cycle pour en débuter un nouveau, leur savoir rejeté et distillé dans l’univers, mais d’autres ne quittèrent pas Iqhbar. Elles sentaient en elle se manifester la plus curieuse de toutes les choses : l’émotion. Une vive émotion pour Iqhbar et ses créatures pourvues de leur étincelle, et elles ne purent se résoudre à l’abandonner. La vie n’avait pas fini de s’y développer et de les surprendre et, pour la première fois, elles décidèrent de s’opposer à celui qui arrivait.

     

     

     

    La bataille, la guerre, pour autant qu'ils soient des mots appropriés pour décrire ce qu'il s'en suivit, fut terrifiante, énorme et grandiose. Les éléments se déchainèrent sur Iqhbar sous la pression qu'il leur imposait, déversant ses parcelles de néant affronter les races de ce monde. Car devant les cataclysmes que son approche provoquait, ces peuples avaient décidé de tenir bon et de lutter contre ces légions qui se déversaient du ciel. Car la rencontre de celui qui apportait la fin avec ce monde plein de vie touchée par l’étincelle fut singulière. Il sentit ses propres émanations entrer en résonnance avec la fameuse étincelle, et c’est ainsi que ces légions de créatures grotesques mais dangereuses apparurent, dotées d’une vie et d’une conscience, mais toujours dévorés par ce besoin impérieux de détruire toute chose. Tandis que les océans et les montagnes se soulevaient, engloutissant des communautés entière, le combat se déclara partout à la surface du monde, les armées des peuples d’Iqhbar se heurtant aux meutes chaotiques qui se déversaient au cœur de leurs frontières. Sourdes aux appels désespérés, les Puissances se retirèrent alors complètement de ce plan de l’existence, terrifiés à l’idée de perdre le pouvoir et le savoir qui étaient les leurs, s’enfonçant au cœur d’Iqhbar dans le seul but d’échapper au chaos, abandonnant ceux qui en étaient pourtant si souvent venus à les libérer.

     

     

     

    Mais parmi les races et les peuples du monde de plus en plus désespérées il en était un plus fort et plus vaillant que les autres, rassemblant les troupes, unissant les défenseurs et n’hésitant jamais à frapper l’ennemi. Il s’agissait des dragons, la race la plus ancienne, la plus sage et la plus puissante des peuples éveillés. De leurs cités volantes ils menaient l’assaut, insufflant courage et force dans le cœur de leurs alliés. Jamais ils n’envisagèrent d’abandonner et, lorsqu’ils fendaient les cieux en déversant sur le chaos la magie qu’ils maitrisaient comme aucun autre, l’espoir renaissait dans le cœur de ceux qui marchaient sur Iqhbar. Mais même les dragons ne pouvaient retenir indéfiniment les vagues de chaos toujours plus dévastatrices et rapprochées qu’il envoyait tandis qu’il se rapprochait de plus en plus, nullement retenu par les efforts qu’elles faisaient…

     

     

     

    Car elles luttaient de leur côté mais, n’ayant jamais eu besoin de combattre, elles ne savaient guère comment s’y prendre, pas plus qu’elles ne comprenaient réellement ce que cela signifiait. Elles connurent pour la première fois la détresse, la souffrance et la peur ; non pas pour elles, mais pour tous ces peuples qui mouraient et disparaissaient à la surface de ce monde qu’elles avaient contribué à créer. A chacune de leurs tentatives pour le repousser, lui, elles n’arrivaient qu’à peine à retarder l’échéance. Elles comprirent que, bien que l’ayant modifié, elles ne faisaient pas réellement partie de ce monde qu’était Iqhbar. Et c’est ainsi qu’elles surent comment procéder. Elles devaient se lier à lui pour mettre leur plan à exécution, et pour ce faire elles avaient besoin d’un conduit. Les Puissances les ayant abandonnées, elles portèrent le choix sur les dragons, en qui leur étincelle était la plus grande. Pour la toute première fois, elles se manifestèrent directement, devant les plus sages des dragons, et uniquement eux. Ces derniers acceptèrent et convainquirent leur peuple tout entier de servir de canal à la puissance qu’elles possédaient. Ainsi, dans un dernier vol pour la défense d’Iqhbar, les dragons s’élevèrent dans les cieux face à celui qui était enfin arrivé au plus près d’Iqhbar et s’apprêtait à l’absorber pour de bon. Alors elles fusionnèrent intégralement avec Iqhbar, se coulant en la planète tels des torrents d'énergie pure en crue. Décuplée par les dragons, cette énergie déclencha des cataclysmes plus terrible encore, mais elle représentait malgré tout la dernière chance de ce monde contre lui.

     

     

     

    Le choc fut terrible.

     

     

     

    Il enveloppa Iqhbar de son manteau de vide et pourtant bourdonnant de chaos, mais les forces conjuguées d'Iqhbar le firent passer à travers telle une épée de légende fendant la roche. Il passa donc à travers, continuant son chemin comme à son habitude, déjà prêt à se rendormir. N’ayant guère de conscience, n’ayant jamais été pris en défaut, il ne pouvait envisager que sa tâche ne fut pas accomplie. La vie et sa conscience avaient été sauvées sur Iqhbar. Mais le prix fut conséquent : elles faisaient désormais partie intégrante de ce monde, privée de toute possibilité d’agir et d’influencer se monde, incapables à jamais de se manifester et condamnées à voir leur conscience se dissiper dans son intégralité. De ce sacrifice découla la profonde modification de la magie qui avait toujours été partie intégrante d’Iqhbar. A jamais changée, perturbée par ce chaos, elle devint une force imprévisible et dangereuse, née des échos de celles qui s'étaient sacrifiées, et il fallut de nombreux âges pour qu’elle se laisse à nouveau domestiquer ; mais de manière radicalement différente… Quant au monde lui-même, s’il n’avait pas été détruit, les dégâts n’étaient pas moins immenses. Les grands continents s’étaient fracturés, dispersant ceux qui y avaient vécu et engloutissant plusieurs civilisations de plus. Les gouvernements n’étaient plus que l’ombre d’eux-mêmes, et plus d’un peuple n’eut d’autre choix que de repartir de zéro. Inconscients des véritables forces qui s’étaient opposées, nombre des êtres parcourant Iqhbar tinrent les dragons pour responsables de ce cataclysme, et les rares survivants de cette race noble et ancienne maintenant diminuée n’eurent d’autre choix que de se faire oublier. Qui plus est, sous la pressions des deux forces ayant précédées la fusion, une infime partie de lui s'était également coulée en Iqhbar, apportant de surprenantes modifications en ce monde du renouveau. Les survivants de ses légions prospérèrent, s’enfonçant sous la surface pour en chasser les nains, se répandant dans les marécages et les terres sombres. Les innombrables borghs grouillaient, nouvelle menace issue de l’ombre, et leurs grands cousins urborgs devinrent une partie intégrante mais malaimée de l’amalgame de peuples qui parcouraient Iqhbar. Bien malgré eux, ils marquèrent la fin des elfes, la seule race qui avait décidé de les accueillir à bras ouverts. Les elfes, qui furent décimés par un mal mystérieux, un mal transmis par les urborgs et trouvant ses racines dans le chaos lui-même et auxquels les elfes furent particulièrement sensibles. Bientôt, ils disparurent, et leurs alliés et amis nains en connurent une colère d’autant plus grande qu’ils étaient chassés de leurs royaumes souterrains par les marées de borghs qui y élisaient domicile. Les nains repoussèrent les urborgs dans les terres sombres d’Ostrie, et s’établirent dans les forêts de leurs amis disparus. Dans les cieux, les Avelins avaient été parmi les plus épargnés par la catastrophe et leur agressivité naturelle les poussa à chasser les derniers dragons et Gwaehyrs des cités volantes pour établir un nouvel empire. Les Aqualites, plus distants que jamais, se retirèrent dans leurs domaines des profondeurs aquatiques, chassant et éliminant les derniers représentant des autres races sous-marines. Une à une, les autres races s’isolèrent, des pam’thaa sur leurs montagnes aux farouches minotaures sur leur île. Alors il en est une qui prospéra comme jamais : la race des humains, plus nombreuse et vigoureuse qu’elle ne l’avait jamais été. Ce furent les humains qui fondèrent les premiers royaumes qui devinrent ceux qu’ils sont aujourd’hui, et qui redonnèrent à Iqhbar les bases de la civilisation globale qu’elle connait aujourd’hui. Au fil des âges, les terres se rapprochaient à nouveaux, les continents se reformaient, et les échanges reprenaient. Sans aucun signe des Puissances, tous développèrent de nouvelles croyances basées sur l’essence de la vie qui animait Iqhbar, culminant dans le spiritualisme actuel. Les nains peaufinèrent de nouvelles technologie dont la plus aboutie n’est autre que la technomagie, utilisant d’une nouvelle manière cette magie différente afin de faire fonctionner les machines les plus étranges. Une magie qui se laissait à nouveau canaliser, au fur et à mesure que les peuples apprenaient à la redécouvrir. Une magie qui dépendant des fées, ces étranges créatures apparues peu après le cataclysme…

     

     

     

    Pour la première fois, tous ces peuples ne purent compter que sur eux-mêmes pour se reconstruire, et rebâtir ce qui avait été perdu. Iqhbar était née une seconde fois. »

     

     

     

    Inus, le Chroniqueur