24.03.2008
Coeur de Neige
En fouillant ici et là, vous avez remis la main sur deux textes que vous aviez écrit il y a quelques temps et l’envie vous prend de les diffuser ici. Comme ça, sans raison. Vous êtes sur votre blog, vous faites ce que vous voulez. Même danser la gigue dans votre peignoir éponge vert si l’envie vous en prenait !
Heureusement pour le monde, l’envie ne vous en prend pas. Mais avant de mettre le premier des textes, il vous est nécessaire de faire un petit topo, car ces deux historiettes se passent dans l’univers d’un de vos jeux de rôles préférés (oui, vous aimez le jeu de rôles et vous le pratiquez ; vous l’aviez dit, vous êtes un être bourré de défauts !) et que sans aucune indication, les lecteurs qui ne connaissent pas et qui passeraient par ici ne comprendraient pas grand-chose.
Ce jdr (pour faire plus court), est sans doute le jdr français le plus connu : In Nomine Satanis/Magna Veritas. Pour faire court, cet excellent jdr propose aux joueurs d’incarner sur Terre et à notre époque des anges ou des démons dans un corps humain afin de secrètement s’affronter au nom du Grand Jeu instauré par Dieu. Outre le fait que ce jeu est à déconseiller aux croyants sans aucun humour, c’est un excellent univers bourré d’inventivité, d’humour et de références.
Dans ce jeu, outre Dieu (en retraite à la Bourboule) et Lucifer (qui déprime), anges et démons sont respectivement dirigés par un conseil d’Archanges et de Princes Démons. L’historiette que vous avez écrit ci-dessous utilise deux d’entre eux : Crocell, Prince Démon du Froid et Ange, Archange des Convertis.
Crocell est un Prince qui a chuté du Paradis…parce qu’il était influençable et qu’il s’ennuyait. Impulsif, c’est néanmoins un brave type, autant que faire ce peu pour un démon. Il aime assez les humains, le surf et la fondue savoyarde. Il aime aussi les bonnes blagues et fait preuve d’un caractère plutôt rebelle envers toute forme d’autorité. Comme son titre l’indique, il est chargé de faire le mal en ce monde en usant du froid, des avalanches, et tout ce genre de trucs.
Ange est un cas spécial. C’est la fille d’un ange et d’un démon, cas presque unique, qui a décidé de rejoindre le Paradis. Elle n’a même pas vingt ans mais pour un être supérieur, quelle importance ? Elle aime prendre l’apparence d’une séduisante jeune femme ou d’une petite fille à l’air innocent. Elle n’aime pas l’intégrisme dont font preuve certains de ses collègues archanges et son rôle est d’accorder la rédemption aux démons qui la demandent et qui en sont jugés dignes.
Si après ces quelques lignes vous ne passez pas pour un fou qui passe des heures dans les caves de ses amis à disséquer des chèvres, vous pouvez donc enfin laisser place à la petite nouvelle que vous aviez écrite il y a quelques temps…
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Cœur de Neige
Le vent fouettait son visage alors qu’il s’élevait dans les airs. Plus haut, toujours plus haut dans un ciel bleu empli d’une pureté qu’il avait depuis longtemps perdue. Mais tandis qu’il filait à toute vitesse dans les airs, dans cette étendue claire et limpide dépourvue de nuages, ils se sentait enfin libre.
Oh, l’espace d’un instant seulement ; le temps d’un frisson, il avait un aperçu de cette liberté qu’il ne pourrait jamais avoir. Etre libre… C’est ce qu’il leur avait promis quand ils l’avaient suivi. Et aujourd’hui…
Lorsque sa planche de snowboard reprit contact avec le sol dans une réception impeccable, Crocell, Prince Démon du Froid, se dit que décidemment ce n’était pas dans son habitude d’être aussi philosophe. Glissant avec grâce et maîtrise sur la neige au milieu de sportifs admiratifs, le seigneur des glaces se dit qu’il avait surtout besoin d’un bon chocolat.
N’empêche, cette liberté…
Crocell ne comprit pas comment cela put se produire : il n’y avait pourtant aucun obstacle l’instant d’avant, mais la petite fille qui se tenait, maladroite, sur de petits skis roses, lui coupait bine le passage.
Il est évident qu’en temps normal, en bon démon qu’il était, le Prince ne se serait guère soucié d’une telle situation. Sauf que ces temps il réfléchissait beaucoup, ce dont il n’avait guère l'habitude. En plus, ce n’était qu’une enfant. Donc un être innocent qui n’apporterait pas grand-chose aux forces du mal avec un grand « M ». Et puis zut, il n’était pas du genre à shooter une mioche de sang froid tout de même (si l’on peut dire) ! Pas comme l’autre débile qui s’échauffait pour un rien.
Tout à ses réflexions, Crocell décida de contourner le problème, c’est-à-dire l’obstacle. Pour un Prince Démon, autant dire que ça ne posait pas de grande difficulté. Même si en ce qui le concernait, ce genre de tergiversations cérébrales ne lui étaient pas coutumières…
Quoiqu’il en soit, dans un réflexe aussi fulgurant que maîtrisé (hé, c’était un Prince, tout de même !), il évita l’enfant apeurée. Qui n’était pas apeurée du tout d’ailleurs. Même pas inquiète. A vrai dire elle semblait bien ne pas avoir remarqué le bolide en snow qui lui était passé au raz du bonnet en un grand souffle d’air froid. Même qu’elle continua son petit bonhomme de chemin, l’air concentrée, flageolant sur ses petits skis de débutante.
S’arrêtant net, Crocell l’observa un moment dans sa descente en grommelant quelque chose à propos de sales mioches ingrats et qu’on ne l’y reprendrait plus parce que nom d’une pipe s’il ne pouvait même plus s’éclater sans se soucier de gamins abrutis où allait le monde! D’ailleurs, personne d’autre sur la piste n’avait fait mine de remarquer son action digne d’un des meilleurs films sur la glisse en montagne (meilleur en fait ; le Croc’ en aurait remontré à pas mal de ces cascadeurs du dimanche). Décidemment, il y avait quelque chose de bizarre… Remettant ses lunettes, Crocell se donna une impulsion et reprit sa descente en direction de la station.
Il avait vraiment besoin d’un chocolat…
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Attablé dans le restaurant de la station, en tête à tête avec un chocolat tiède, le Prince du Froid cogitait sévère, encore une fois assailli par de sombres pensées. Bon, o.k, il avait pas à s’plaindre : il avait un boulot plutôt cool si on mettait de côté tout le bordel administratif et certains collègues dirigistes, surtout l’autre allumette là. Après tout il avait pas mal de pouvoir, des serviteurs aussi branchouilles que lui, il pouvait se lâcher, se bastonner avec des youyous de temps en temps, bouffer de la fondue, l’éclate quoi !
Enfin, l’éclate relative, surtout ces temps-ci. D’autant plus que la vie de Prince Démon c’était pas d’la tarte. D’autant plus depuis le coup de pute de l’enfoiré et de ses infiltrés et toute cette histoire de crise démoniaque. Non, Crocell n’avait pas la vie facile depuis peu. Et y a pas à dire, jouer le bourrin branché, au fil du temps ça devient plus réducteur que synonyme de liberté.
La liberté ; lui filant dans les airs, avec le ciel comme seule contrainte…
Crocell se fendit d’un soupir, réfrigérant son chocolat pour le coup. A ajouter à ses malheurs, on pouvait citer le charger de comm’ de Baalberith qui l’attendait en bas de la piste. Comme quoi le Conseil trouvait « que Crocell passait un peu trop de temps sur Terre à s’amuser et que, franchement, il pourrait se bouger un peu niveau projets démoniaques. Vous êtes un Prince des Enfers, pas seulement un rigolo que diable ! ». Le maître du froid avait pris bonne note avant de décapiter le bonhomme d’un coup de planche maudite (dans un endroit discret bien évidemment ; « mais si mon cher je vous assure, j’ai perdu mon bonnet entre ces arbres. Non ça ne me dérange pas si vous me délivrer votre message pendant que je cherche… »
. Sur le coup ça l’avait défoulé (Crocell, pas le Baalberith qui en était resté tout étêté avant de disparaître). Mais au final, ça l’embêtait plus qu’autre chose. Dézinguer ce pauvre diable n’allait pas arranger ses soucis. D’un autre côté, Crocell avait toujours été partant de l’impulsivité ; on se défoulait un bon coup quitte à vaguement s’expliquer plus tard s’il restait des survivants…
Nan, c’qu’il lui fallait maintenant, c’était une bonne fondue savoyarde. Il allait prendre commande lorsqu’il la vit entrer…
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Jeune, pas plus de vingt ans, elle semblait déplacée dans sa doudoune noire qui ne cachait pas sa frêle stature. Révélateurs d’un manque d’habitude à l’exposition hivernale, des joues rosées et un petit nez rouge en trompette tranchaient avec sa peau sommes toutes assez pâle. De longs cheveux noirs encadraient un visage fin et délicat. Plus que son attitude, qui démontrait qu’elle n’était pas dans son milieu naturel, ce furent ses yeux qui frappèrent le Prince. Des yeux clairs, aussi limpides que le ciel qu’il fendait d’un saut et aussi purs que la neige, la froideur en moins. D’un pas hésitant, elle s’approcha de la table du démon et le dévisagea des pieds à la tête, avant de demander d’une voix douce et timide si la place était prise.
Deux choses surprirent Crocell.
Premièrement, il n’avait pas envie de lui sauter dessus sans consentement là tout de suite sur la table, ou du moins dans un endroit plus discret.
Deuxièmement, il se sentit gêné. Concept qui lui était totalement étranger. Il se retrouva à marmonner son assentiment et resta de glace tandis que la superbe créature s’installait tranquillement face à lui.
-Je vous remercie. Je suis arrivée aujourd’hui à la station et je ne connais personne. Et vous m’aviez l’air d’un charmant garçon…dit-elle, visiblement gênée elle aussi et déroutée de l’être réellement.
« Hein ? » pensa Crocell interdit. « Ca doit être le sourire… Ce dentifrice humain rend vraiment mes dents étincelantes. Houlà, est-c’que j’ai bonne haleine d’ailleurs ? Bon sang mais qu’est-ce que je raconte… »
S’accrochant à la théorie du charmant sourire, le Prince en décocha un des plus charmeurs qu’il avait en réserve :
-Euh… Je t’en prie… J’allais commander une fondue. Au fromage. Fondu je crois… Ca te dit ? « Merde. Comme entrée en matière y a mieux… ».
L’inconnue se fendit d’un sourire à son tour :
-De la fondue ? Vraiment ? J’en avais encore jamais mangée ! Avec plaisir !
Trois heures plus tard, ils discutaient toujours autour d’un caquelon désormais vide, leurs estomacs contentés et leurs yeux brillants. Le patron vous servait de ces petits alcools maisons… Incroyable ce qu’une humaine pouvait être attirante, se disait la partie de Crocell qui avait encore vaguement conscience de ses capacités cognitives. C’était pas arrivé depuis celle qu’avait foutu le bordel avec l’autre allume-cigare (Crocell ricana en songeant à son cher frère Belial, Prince du Feu). En temps normal, Crocell n’aurait jamais perdu de temps dans un processus de séduction aussi développé ; il se serait contenté d’emballer la fille et en aurait rapidement profité dans un endroit discret avant de passer à autre chose. Mais là, il y avait plus à en tirer, il le sentait.
Ils parlèrent de tout et de rien, de rien et de tout, bien que Crocell soit plus tard incapable de se remémorer quoi ; des trucs sans importances sans doute, le baratin habituel.
Toujours est-il que de fil en aiguille, de coup d’œil timide en frôlements de mains qui l’étaient tout autant (à ce stade, un soupçon de démon subsistait encore quelque part chez le Prince : il était en train de caresser la main d’une femme ? D’une simple humaine en plus ? Lui qui arrachait la tête des gens d’une pichenette ?!? Mais cette partie là de Crocell finit par céder devant des instincts plus ancestraux que n’importe quelle chute, majuscule ou pas…, ils se retrouvèrent devant la porte de la chambre que Crocell avait louée (occupée plutôt ; il n’allait pas payer non plus !), à se dévisager comme s’ils étaient les deux seuls bonhommes de neige existant sous le petit globe de plastique industriel (mais si, ceux qu’on renverse pour faire tomber les petits flocons synthétiques).
-Heu…commença Crocell, brillant.
-Chut ! Elle lui apposa un doigt sur les lèvres. Alors que la main de Crocell, dos à la porte, tournait la poignée, elle se serra contre lui. Sans un mot, ils s’engouffrèrent dans la pièce.
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-Tu es le premier, lui chuchota-t-elle au creux de l’oreille alors qu’ils roulaient sur le lit défait.
-Je serai doux… Et il réalisa qu’il ne mentait pas.
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-Mff… Crocell grogna et changea de position lorsqu’il lui sembla entendre un bruit de porte qu’on referme doucement. Il finit par ouvrir un œil aveuglé par le soleil matinal qui pénétrait dans la chambre et se mis sur le côté. Où, à sa grande surprise, il ne découvrit personne.
-Bordel ! s’exclama-t-il. La sale petite… Il sauta hors du lit, enfila un caleçon (on a beau être un démon, on en perd pas pour autant toute dignité ) et se précipita dans le couloir. Aucune trace d’elle. Apercevant un mouvement, il baissa la tête et toisa une petite fille qui trottinait dans le couloir.
-Hé toi ! Oui, tu n’aurais pas vu une jeune femme sortir de cette chambre ?
La gamine se concentra un instant, tirant légèrement la langue sous l’effort de la réflexion :
-Nan, z’ai pas vu de très jolie mademoiselle.
Lui jetant un regard noir, Crocell se précipita en direction des escaliers. Il n’avait pas reconnu la petite fille qu’il avait failli percuter la veille.
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Quand Crocell revint dans la chambre, dépité et passablement de mauvaise humeur, son petit réveil de poche diffusait sa mélodie matinale habituelle : « Un chapeau gris, une écharpe rouge voici… ».
-Conneries ! Crocell envoya valdinguer l’appareil : « … nez rouge…xrtz..biiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiip… ». Le Prince le shoota dans un coin de la pièce; merde, et en plus c’était son préféré ! Celui avec ce vieux héros de dessin animé pour gosses. Il s’assit sur le lit (Crocell, pas le vieux héros), la tête entre les mains. Puis il passa l’une d’elle sur la place qu’elle avait occupée cette nuit, oui il en était sûr et non monsieur il n’était pas fou ! Elle était encore chaude, dégageant le souvenir d’une nuit en dehors du temps.
D’une nuit de liberté.
Soudain, Crocell éclata de rire. Il se releva et, cherchant dans un coin de la pièce, il retrouva le réveil. Se rasseyant, le Prince du froid, un seigneur des enfers craint et puissant empli de rage et de pouvoir, entreprit de réparer l’objet en sifflotant : « …voici Bouli et son petit nez rouge... ».
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Eloignant sa tête de la porte à travers laquelle elle écoutait, la petite fille sourit avant de continuer sans chemin. Décidemment elle en avait apprises des choses en quelques heures. Pour un défi, c’était un défi. Le vieux ne lui avait pas confié n’importe qui… Mais bon, elle aimait les défis de toute façon. Et les défis, c’était plus ou moins son job… Et Dieu qu’elle aimait apprendre ! Décidemment, elle était loin d’avoir tout expérimenté. Elle sourit à nouveau : ça promettait d’être intéressant…
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Quelques instants plus tard, une jeune femme vêtue de noire, aux longs cheveux de la même teinte et au regard songeur sortit de la station. Elle souriait toujours, du rose aux joues.
Et cette fois, ce n’était pas à cause du froid.
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21.03.2008
Trois heures trente, seconde partie
Voici la seconde et dernière partie de cette petite histoire improvisée, j'espère que ça vous aura plu! ^_^;
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"Fausse alerte. Le souffle de votre compagne redevient rapidement régulier. Sans trop savoir pourquoi, vous n’avez pas particulièrement envie qu’elle se réveille maintenant. Ca signifierait discuter, et vous n’en avez pas franchement envie. D’autant plus qu’elle critiquerait votre sale manie avant de vous piquer derechef une cigarette. Allez comprendre…
Toujours avec le moins de bruit possible, vous déposez votre bâton de la mort dans le cendrier et attrapez l’ordinateur portable qui traîne en permanence sous votre lit quand vous ne l’utilisez pas. Assis en tailleurs sur votre bord de lit, la machine qui démarre sur vos genoux, vous enfoncez vos fidèles écouteurs dans vos oreilles et clignez des yeux devant la lumière de l’écran. Votre premier réflexe est d’enclencher votre playlist, et la musique s’écoule dans votre tête, contribuant à vous calmer. Cela fait longtemps que vous n’avez pas eu besoin de recourir aux médicaments prescrits par votre psychiatre, et vous aimeriez bien que cela continue.
Perdu dans vos pensées, vous ne savez même pas pourquoi vous l’avez allumé, votre ordinateur. En fait, c’est devenu une sorte de réflexe moderne qui vous effraie. Vous ne savez pas quoi faire ? Zou, vous allumez le pc ! Alors que vous avez des bouquins à lire, des textes à écrire et tant d’autres choses à faire, vous vous retrouvez à errer bêtement sur le net, à relire les mêmes informations et à, avouons-le, perdre votre temps. C’est terrifiant. Cela dit, vous croyez voir que l’un de vos dessinateurs préférés à posté une nouvelle note (les auteurs de bds, comme les écrivains et les proxénètes, possèdent un rythme de vie plus ou moins irrégulier)…
Vous esquissez un sourire…et manquez vos étouffer sous la surprise lorsque deux bras viennent entourer vos épaules pour plaquer les mains froides qu’ils ont au bout contre votre torse (qui n’avait rien demandé à personne).
« Tu ne dors pas ? »
Parfois, la perspicacité de la créature de vos rêves vous étonne, tout comme les phrases toutes faites que les gens emploient. Vous ne dormez pas assis en tailleurs, que vous sachiez ! Vous préparez une remarque acide dont vous avez le secret, mais son souffle chaud dans votre cou vous radoucit (voilà où est passée toute la chaleur qu’elle vous a vampirisé !).
Décidée à vous agacez, la demoiselle vous débarrasse de vos précieux écouteurs et chuchote exagérément fort dans votre oreille :
« Houhou ? Qu’est-ce que tu fais ? »
Sans attendre de réponse –comme à son habitude- elle pose sa tête sur votre épaule, encercle votre ventre (moins d’athlète celui-là) de ses bras nus et lit par-dessus votre dos, ce que vous détestez. Elle sait que vous détestez. Vous savez qu’elle sait que vous détestez. Elle sait que vous savez qu’elle sait que vous détestez. C’est beau, la vie de couple.
« Ce type est marrant, même à trois heures… » Elle jette un bref coup d’œil sur le réveil. « …trois heures trente sept du matin. » Elle parle de la note de blog. Vous, vous êtes marrant tout le temps, tout le monde le sait ! « Tu vas rester assis comme ça encore longtemps ? »
Sans écouter la réponse que vous commencez à balbutiez, elle baille et fait le tour pour se lever.
« Du coup, j’ai soif. T’as fumé, toi ! »
Vous ne niez pas, occupé à la contemplez, vêtue d’une petite culotte blanche et d’un de vos vieux t-shirt (ça vous apprendra à lui offrir la somptueuse nuisette de ses rêves à son dernier anniversaire, tiens…). Sans cesser de bailler à s’en décrocher la mâchoire, elle se sert un verre d’eau à la cuisine ; vous entendez l’eau cogner contre le métal de l’évier. Lorsqu’elle revient, c’est pour s’emparer de la cigarette qui se consume dans votre cendrier et la coincer entre ses lèvres.
A vos protestations, elle réponde par le haussement de sourcil qui fait que vous damneriez pour elle sans hésiter une seule seconde :
« Pour moi c’est pas pareil. Tu sais très bien que ça te fait tousser ! »
Elle s’assied à vos côtés, l’une de ses longues jambes par-dessus l’autre.
« Qu’est-ce que tu as ? Je ne t’ai pas assez fatigué tout à l’heure ? » Elle glousse, de ce petit rire qui a fait chaviré votre cœur il y a trois ans.
Mais ce soir, les angoisses sont là, et vous ne savez pas comment les partager. Vous tentez de lui dire que vous voulez rester seul, pour vous apitoyer tranquillement sur votre sort et toutes ces choses que l’on fait lorsqu’on a l’impression que le monde entier vous en veut à vous, personnellement. Et cette histoire de livre vous trotte dans la tête. Votre éditeur n’est guère loquace, et vous ne savez toujours pas comment interpréter les « Hon hon » du bonhomme lorsqu’il feuilletait distraitement votre dernier chapitre.
Vous avez envie de parler, de déverser votre peur irraisonnée en la partageant avec votre cher amour, de vous laissez happer par la spirale infernale, de casser des assiettes et de repartir chez votre mère qui réussit, elle, très bien le gâteau au chocolat (votre compagne s’entend avec les fours comme vous avec les briquets). Malgré votre appartement, malgré la splendide et aimante –bien que taquine- créature qui partage votre vie, malgré votre chat qui dort dans une de vos vieilles pantoufles en ronflant, vous avez la furieuse envie de vous lever, de renverser quelques meubles (mais pas des gros meubles, vous avez le dos fragile) et de claquer la porte pour vous enfuir. Partir loin, comme vous faisiez avant lorsque quelque chose vous donnait la sensation d’étouffer. D’être emprisonné, de rester bloqué. Incompris.
Vous allez ouvrir la bouche, vous allez lâcher la bombe, persuadé que c’est la seule chose à faire…lorsque votre compagne ferme délicatement l’écran de votre ordinateur pour venir vous embrasser dans le cou.
« Et si on recommençait ce qu’on a fait tout à l’heure, mmhm ? »
Vous vous laissez entraînez sous les draps tandis que vos mains se glissent sous votre vieux t-shirt qu’elle porte et dont elle dit tant aimer la fragrance rassurante. Et soudain, vous n’avez plus peur. Vous vous sentez bien. Les angoisses ne sont pas parties, elles reviendront sans doute. Mais vous êtes enfin chez vous.
Il est passé trois heures trente du matin, et tout va bien."
22:07 Publié dans Historiette | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
Trois heures trente, première partie
Pour changer un peu, vous avez décidé de publier ici une historiette qui vous trotte dans la tête depuis quelques heures. Vous n'avez aucun plan; comme d'habitude, vous laissez les mots venir les uns après les autres, au gré de votre inspiration. Vous ne savez pas pourquoi vous avez eu envie d'écrire une telle histoire, mais le fait que quand l'inspiration toque à la porte, on ne la laisse pas poireauter sous le porche.
Une précision cependant: l'histoire qui suit est écrite à la forme du "vous", comme vous en avez l'habitude, mais aucun des personnages n'est réel (la preuve: vous ne fumez pas, vous). Du coup, le "vous/narrateur" n'est pas...vous, et la créature de ses rêves n'existe pas non plus. Vous dites ça pour qu'aucun de vos chers amis qui passent dans le coin ne se fassent des idées comme à leur habitude.
Sur ce, voici la première partie!
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"Votre main émerge à tâtons de la couverture pour agripper mollement le réveil matin qui lui faiblement sur votre petite table de nuit du dix-neuvième. Après votre main, c’est l’un de vos yeux –celui que vous sacrifiez à la lumière après de longues heures dans l’obscurité- qui suit pour se poser sur l’heure : trois heures trente du matin.
Ouais. Super. Vous n’avez pas besoin de faire un dessin pour expliquer la situation : vous n’arrivez pas à dormir. La créature qui dort à vos côtés monopolise le gros des draps et, comme d’habitude, a vampirisé toute la douce chaleur de votre corps d’athlète (bon, d’accord, un athlète sur le retour qui se laisserait aller un chouïa sur le chocolat devant le film du vendredi soir, mais un athlète quand même) en y collant des petits pieds aussi glacés que le regard de votre ancien professeur de mathématiques lorsque vous aviez oublié votre compas.
Bon, il est trois heures trente du matin et vous n’avez pas encore fermé l’œil. Ou en tout cas, vous n’avez pas dormi. Peut-être est-ce parce que les voisins du dessus ont encore laissé éclater leurs différents pour le grand ravissement de vos oreilles curieuses avant de se réconcilier tout aussi brillamment, ou parce que ces réconciliations là ont déteint sur l’humeur de la créature de vos rêves qui s’est soudainement sentie très câline. Ou alors vous n’auriez pas dû boire ces tasses de café avant de vous mettre au lit. Ou peut-être encore est-ce votre imagination débordante qui n’arrête pas de travailler sur votre prochain projet attendant tranquillement d’être présenté à un éditeur qui saura voir le génie visionnaire dont vous faites preuve. Si si, visionnaire, parfaitement !
Mais visionnaire ou pas, vous ne pouvez pas dormir. Silencieusement, avec autant de précaution qu’un lapin dans un terrier de renards, vous vous glissez totalement hors des draps. Votre chère et tendre, bien qu’endormie, saute sur l’occasion pour s’enrouler dans l’entier des draps. Tant pis, vous irez chercher une couverture plus tard dans l’armoire. Vous espérez simplement qu’il n’y aura pas que celle que tante Josiane vous a tricoté pour Noël dernier, la laine irrite votre peau de pêche (pêche d’athlète, comme on le sait).
Du coup, vous vous retrouvez en boxer assis sur la portion de matelas qui vous est allouée dans le deux pièces et demi que vous partagez avec la créature de rêve. Le coude sur la cuisse, le menton dans la main, vous fouillez la semi-obscurité du regard. Les lueurs de la vie nocturne que laisse passer la fenêtre –en plein été vous ne prenez pas la peine de fermez les stores- projette sur les murs des ombres diaphanes. Au loin, les rires cristallins des jeunes plein d’avenir qui rentrent de soirée parviennent à vos oreilles, tandis que les étoiles au firmament… Putain de merde, où a bien pu passer votre paquet de cigarettes ?
Agacé, vous ouvrez le plus délicatement le tiroir (du dix-huitième, celui-ci ; les antiquaires aiment bien bricoler) de votre table de nuit et en tirez un paquet de clopes à moitié entamé. A vrai dire, vous ne fumez presque jamais : après l’amour particulièrement intense, lorsque vous attendez fébrilement que l’éditeur vous envoie son retour ou lorsque, comme cette nuit, le sommeil vous fuit et les angoisses vous habitent.
Les fameuses angoisses… Voilà un moment qu’elles ne vous avaient pas rendu visite celles là. Du coup, vous êtes un peu étonné qu’elles vous retombent dessus comme le papier peint de la salle de bain (vous attendez encore le professionnel qui doit s’en charger ; visiblement, son dîner a pris plus de temps que prévu.). La main autour de la clope, vous grattez une allumette –les briquets ne vous aimant pas, vous y avez renoncé ; le dernier a explosé dans votre poche- et vous tirez une première bouffée salvatrice. Vous détestez le goût du tabac, quel qu’il soit, mais vous continuez quand même.
Votre gorge n’apprécie guère ; vous toussez. Derrière-vous, vous entendez la douce créature bouger.
Et merde..."
20:46 Publié dans Historiette | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
20.03.2008
"Un ami qui me comprenne, et des livres par centaines..."
La vie n’est pas seulement comme mettre un chat dans une baignoire, elle est aussi –mais ça vous ne l’apprendrez à personne- compliquée. A vrai dire, s’il s’avère que vous l’apprenez à quelqu’un qui ensuite vous dira « Non non, moi je trouve pas. Rien de plus simple, tout baigne. Pas d’problèmes, ah ah. », vous aurez là tout de suite l’envie de lui proposer d’échanger la sienne avec la vôtre. Comme ça, pendant que le faquin devra composer avec celle que vous lui laissez, vous pourrez mesquinement ficher le bordel dans la sienne. La vie est compliquée, point. Ce qui n’empêche pas de bien la vivre, attention ! Même si, parfois –et même souvent- vous avez un peu de peine…
C’est comme l’art de la conversation : vous ne savez pas comment vous y prendre. Tiens, pas plus tard que tout à l’heure tandis que vous promeniez votre chienne, un vieux promeneur inconnu mais sympathique que vous avez croisé a engagé la conversation sur « le temps qu’il fait » (c’est une obsession, ma parole, le temps qu’il fait, chez les gens !). Or, vous êtes tout bonnement incapable de tenir une telle conversation. Vous vous êtes donc retrouvé à bafouiller comme un gamin appelé devant la classe. Le vieux promeneur inconnu mais sympathique (à la sémillante moustache, pour ceux qui aiment les détails) a dû vous trouver bien bizarre.
Bref, votre vie, vous aimez bien la vivre, mais vous n’avez pas pour autant l’impression de la vivre pleinement. Toujours cette satanée sensation d’incomplet, comme s’il manquait des pages à votre livre ; qu’on avait laissé les chapitres d’exposition en oubliant les paragraphes qui vous donneraient les clefs de lecture. C’est fou ce qu’on peut faire avec un livre, des métaphores aux coups de dictionnaire sur la tête des importuns. Bien sûr, le mieux c’est encore de les lire. Mais qui lira celui que vous êtes, hein ?
Au travers de discussions forts intéressantes, vous en arrivez à la conclusion que vous êtes finalement assez seul. Oh, vous avez une famille et des amis qui vous aiment –et que vous aimez aussi- mais vous n’avez pas l’impression de vous sentir compris pour autant. Vous avez l’impression de ne dévoiler certaines parties de vous-même qu’en présence de tel ou tel personne –même proche- de votre entourage, tandis que vous en dissimulez d’autres. Du coup, vous pensez n’être jamais vous-même et pour finir vous ne savez même pas qui vous êtes vraiment. Vous ne vous sentez pas complet, même auprès de ces personnes qui vous aiment, parce que vous avez sans cesse l’impression d’être tiraillé et de vous adapter à votre interlocuteur. Parfois, vous rêvez d’avoir une personne dans votre vie auprès de qui vous pourriez simplement vous trouvez sans avoir besoin d’exacerber l’un ou l’autre trait de votre caractère tout en en taisant d’autre. Quelqu’un qui pourrait vous prendre dans ses bras en silence, sans vous harceler avec des « maisquestcquivapas ? » dont sont coutumiers les membres de votre famille à qui vous arrivez à vous confier et vos rares amis à qui vous vous laissez aller à livrer certains aspects de vous-mêmes. Pour vous, un ami ce n’est pas seulement quelqu’un qui vous parle et vous abreuve de conseils et de vérités, mais aussi quelqu’un qui sait se taire, et simplement rester avec vous sans toujours chercher à savoir. Un tel silence –qui n’en serait finalement pas un- vous apparaîtrait alors comme une des plus belles preuves d’amitié. Mais comme vos amies et amis –que vous aimez beaucoup, hein- ne sont pas du genre à ça et qu’ils ont plutôt tendance à vous assénez dès « je le savais/je t’expliquerai/je te l’avais bien dit/je ne te comprends pas, moi je… », vous n’avez encore pas trouvé une telle chose. Les gens se contentent de laisser un marque-page ici et là aux passages qu’ils comprennent, mais aucun n’a le courage de lire le livre entier, voilà tout.
C’est là qu’intervient le titre de votre note. Cette phrase est en fait tirée d’une chansonnette du film de Disney « La Belle et la Bête » (oui, vous aimez bien les Disney ! Un problème ?) qui en plus d’être votre dessin animé préféré (pas seulement chez Disney, mais en général) a eu le génie de mettre en scène le personnage de Belle, qui vous paraît bien moins gourde que grand nombre d’héroïnes. Et l’un des passages chanté par la belle (ah ah) dit ceci :
« Je veux m'envoler dans le bleu de l'espace,
Je veux tout ce que je n'ai pas :
Un ami qui me comprenne
Et des livres par centaines,
Sans m'occuper des gens qui jacassent. »
C’est fou comme il suffit parfois d’un simple dessin animé ou d’une chanson pour entendre les phrases qui nous parlent. Comme quoi, pas besoin de les chercher dans des bouquins de philosophie rédigés par des types qui écrivent comme s’ils présentaient un théorème. En tout cas, ces quelques mots vous définissent très bien... S’envoler ailleurs, vouloir ce que vous n’avez pas, arriver à ne plus vous soucier de ce que tout le monde pense et, surtout, « un ami qui me comprenne, et des livres par centaines. » Même gosse, ce passage là vous scotchait devant la télé tellement c’était –c’est encore d’ailleurs- ce que vous n’étiez pas arrivé à exprimer vous-même tout en s'accordant à votre amour de la lecture. Au moins, vous avez sans doute des centaines de livres (en tout cas une). Cela dit vous n’avez pas le temps de tous les lire, et celui que vous êtes reste toujours fermé, incomplet, comme un vieux bouquin rongé aux mites posé sur une étagère. D’ici à ce que quelqu’un le prenne au lieu du livre flambant neuf avec sa belle couverture mis en évidence devant les rebuts, vous avez sûrement le temps de voir venir et d’angoisser en vous posant plein de questions.
Si vous affectionnez les Disney, il est vrai que ce n’est pas quelque chose de réel : la vie est compliquée. Mais ça, vous ne l’apprendrez à personne…
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17.03.2008
Bill
Une histoire qui vous est venue comme ça... Parfois, il suffit de bien peu de chose. ^^
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Bill était de bonne humeur. Il faut dire que Bill était un pigeon, et qu’en tant que tel il ne demandait pas grand-chose. De quoi picorer, des cibles pour se débarrasser du surplus de picorement et de belles colombes auprès desquelles fricoter lorsqu’il se sentait d’humeur canaille.
Pour l’heure, Bill battait joyeusement le pavé, sa tête d’oiseau sans cesse en mouvement. Saccade sur saccade, il regardait autour de lui avait l’air étonné et globalement inexpressif qu’avaient les pigeons. Ses petites pattes maladroites tricotant gaiement sur le sol de pierre, il se demandait à quoi il allait bien pouvoir occuper son temps libre. Et, avouons le, un pigeon a beaucoup de temps libre. Peut-être parce qu’il ne sait pas ce que c’est. Alors il mange sur la première place venue, boit une goutte dans la première flaque venue et se soulage sur la première tête venue (ou parfois l’épaule, Bill ne visait pas très bien). Sans oublier les colombes. Très important, ça, les colombes.
Comme Bill venait de prendre un bain dans la fontaine quelques rues plus loin, il avait le poitrail gonflé et le plumage ébouriffé typique des oiseaux mouillés. Il se sentait beau, il se sentait propre, et le fait qu’il eut à partager ses ablution avec deux mégots de cigarettes et une vielle canette ne le dérangeait pas outre mesure. Il en fallait bien plus pour déranger Bill le pigeon.
Parce que c’était un crac, le Bill. Un as dans son domaine, une pointure ! Il roucoulait comme personne, et nul autre volatile citadin n’avait autant de classe que Bill quand il s’avançait pesamment de sa démarche de vieux propriétaire. Les jeunes pigeons courbaient l’échine devant lui et les colombes se pâmaient comme les plus romantiques des collégiennes devant la dernière star à la mode. Quant aux moineaux, ils gazouillaient de peur sur son passage. Quand Bill arrive en ville, on change de trottoir, sifflaient-ils aux nouveaux. Il y avait bien le vieux corbeau qui ne se laissait pas marcher sur les serres, mais comme il était vieux et sénile –d’autant plus qu’il digérait mal la perte de son fromage depuis que l’ami goupil s’aventurait de plus en plus loin dans la ville- Bille ne lui accordait guère d’attention. Il était le boss, et cela n’était pas un vieux corbac de malheur qui allait dire le contraire.
Or donc, Bill était de bonne humeur. S’il avait su ce que c’était et que son bec aurait été physiologiquement adapté, il aurait sifflé avec l’accent allemand. Que voulez-vous, même les pigeons ne choisissent pas leurs prénoms… Mais comme Bill n’avait pas la moindre idée de ce que pouvait bien être un prénom, il n’en souffrait pas le moins du monde. Bill souffrait peu, parce qu’il ne savait pas grand-chose. Ce qui était le cas de la plupart des pigeons.
Crâne de piaf, mais cœur léger, Bill se pavanait nonchalamment entre les réverbères ; il se disait qu’il n’avait bombardé personne depuis longtemps, et qu’il serait bientôt temps de mettre en route une nouvelle couvée de petits Bill des villes, farouches et solitaires, comme leur père !
Aussi, perdu dans ses pensées aussi légères que les plumes qui garnissaient son arrière-train, Bill descendit sur la terrasse le cœur léger. Il ne savait pas que ce jour serait le dernier.
En effet : a peine avait-il posé une patte indolente sur ladite terrasse qu’une tornade humaine jaillit d’une habitation, hurlant des imprécations. Bill n’eut pas le temps de comprendre. Il n’eut pas le temps de comprendre que certaines personnes n’aimaient vraiment, mais vraiment pas les pigeons. Et le malheur le choisit comme dindon de la farce.
Sur la terrasse, il n’y avait plus qu’un petit tas de plumes et d’os brisés.
Bill avait été de bonne humeur, mais comme Bill était un pigeon, en tant que tel il lui suffisait de peu de choses…
19:03 Publié dans Historiette | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
15.03.2008
Recyclage
Et oui, vous recycle une vielle note retrouvée sur votre vieux blog qui avait connu une vie plus qu'éphémère! Mais elle parle de McDo, et de viles personnes vous ont fait saliver aujourd'hui! Alle zou, recyclage!
Vous êtes un monstre bourré de défauts et de vices. Parfaitement, de vices!
L'un d'entre eux vous a soudainement sauté à la figure comme un pop-corn dans le micro-ondes alors que vous preniez votre repas de midi. Au McDo. Et vous vous avouez enfin ce terrible travers: vous aimez manger dans la chaîne de self-services du gros M jaune. Oui, vous aimez McDonald. Vous aimez les cheesburgers caoutchouteux dégoulinant de ketchup et de fromage industriel et leurs gros muffins au chocolat. Pire, vous aimez leurs frites dont la dose de sel semble varier d'un jour à l'autre à l'image de leur structure moléculaire même. Vous adorez ça. Comme un gamin, vous engloutissez avidemment et AVEC PLAISIR cette nourriture infâme.Oui, avec plaisir! Petit, vous collectionniez même les jouets et construisiez les décors avec les boîtes en carton. Et, comme si porter ce pêché ne suffisait pas, le clown détient son arme la plus redoutable, celle qui vous fait saliver rien que d'y penser: la sauce moutarde.
Votre délice caché, votre honteux plaisir. Votre régal. Lorsque vous la sentez se répendre sur votre langue, votre palais perd tout contrôle, électrisé par la doucereuse sensation de bonheur que ce goût éveille en vous. La sauce moutarde du MacDonald n'est en aucun cas, comme certains impies bien-pensants se plaisent à le croire, une vulgaire moutarde mais bien une sauce à part! Une composition que vous n'avez jamais retrouvée hors de ces restaurants américains à service rapide ornés d'un M stylisé du plus jaune (tiens, comme ladite sauce moutarde), une saveur unique que les gardiens du savoir ronaldien gardent jalousement: une merveille face à laquelle vous perdez tout contrôle, vous conduisant comme le premier junkie venu en manque de drogue dure.
Oui, vous qui me lisez avec vos yeux horrifiés et vos estomacs révulsés d'horreur, vous avez bien été témoins de cette sinistre révélation: moi, j'aime McDonald!
Décidemment, vous êtes irrécupérable, enlisé dans votre honteux bourbier. Un paria perdu à jamais pour la société dite bien pensante. Parfaitement! Lecteurs qui me condamnez, vous avez raison, mille fois raisons: vous êtes un maillon au service de l'impérialisme américain s'étendant jusque dans nos vertes campagnes!
N'empêche, là tout de suite, vous vous avaleriez bien un succulent double-cheese.
Avec un peu de sauce moutarde...
22:05 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
Usé par l'avenir
La vie, c’est un peu comme jeter un chat dans une baignoire : aléatoire. Vous en êtes arrivés à cette conclusion il y a quelques temps déjà, et vous ne pouvez qu’y adhérer. Pour en arriver là, il vous a d’abord été nécessaire de dépasser l’image préconçue qui dit que tous les chats n’aiment pas l’eau. Ce qui est faux. Il existe des cas avérés de chats qui se plongent avec délice dans l’élément liquide, tels leurs grands cousins les tigres qui s’ébattent voluptueusement dans les rivières indiennes. Au final, on ne peut pas savoir si un chat aime l’eau avant de l’y plonger. Bon, évidemment, il y a l’art et la manière : il est fort peu probable que la bestiole goûte avec plaisir au bain si vous l’y lancer tel un ballon de fourrure, cela va de soi. Mais au-delà de ça, on ne peut pas savoir avant d’avoir vu le chat dans l’eau. Pour la vie, c’est pareil : on ne sait pas avant d’y être.
A noter que les chats n’en sont pas à leur première utilisation dans l’illustration d’une théorie quelconque. Vous pouvez citer pour exemple le célèbre paradoxe du chat de Schrödinger, qui veut qu’un chat enfermé dans une boîte soit à la fois mort et vivant (et surtout très en colère, rajoute l’écrivain anglais Terry Pratchett). Vous pouvez aussi mentionner la légende urbaine qui attache la tartine sur le dos du chat ; la tartine ne retombant que sur le côté beurré et le chat sur ses pattes, les balancer dans le vide attachés l’un à l’autre devrait alors les faire flotter dans le vide, partagés par deux gravités. Vous adorez la logique populaire.
Bref, tout cela pour dire que la vie, c’est un peu comme jeter un chat dans une baignoire. Vous n’imaginiez même pas revenir poster ici un jour, c’est dire. Déjà parce que vous avez mille autre choses à faire (que vous ne les fassiez pas n’a aucun rapport, que les mauvaises langues le sachent !) et aussi parce que vous ne savez pas trop quoi raconter. Seulement, vous en êtes arrivés à la question suivante : est-il vraiment nécessaire d’avoir quelque chose à raconter ? Franchement, hein ? Après tout, vous êtes chez vous sur ce blog… Vous n’allez pas vous mettre à écrire avec des lettres de couleur non plus (quoique vous n’êtes plus à un satanisme prêt…mais bon, il y a des limites !), ni mettre des chiffres à la place de lettres. Vous avez juste envie de…taper quelques mots, comme ça, sans raison. De manière aléatoire.
Peut-être parce que vous vous sentez fatigués ces derniers temps. Ecrire un coup vous fera peut-être du bien. Dernièrement, vous réalisez certaines choses que vous ne vouliez pas voir, apprenez des nouvelles que vous auriez préféré ne jamais entendre et vous posez des questions qui ont une fâcheuse tendance à rembrunir votre humeur. Ah, et vous avez appris que vous étiez souffrant d’un fonctionnement psychotique. En gros, vous avez les capacités sociales, la confiance en vous et la facilité à vous insérer dans la vie dite normale d’un tabouret. Pourquoi pas cela dit ? C’est tranquille, un tabouret. Il ne se pose pas de questions métaphysiques, n’est pas assailli par des angoisses diverses et variées avant de dormir (il ne dort même pas, c’est dire !) et il n’a pas de vie sentimentale à gérer. La facilité sociale d’un tabouret et l’ambition d’une pantoufle… Voilà qui vous définit plutôt bien.
L’ambition ! Ah, un grand mot qui vous en fait voir de toutes les couleurs ! Alors que vous n’en avez aucune, c’est dire ! Malheureusement, la majeure partie de votre entourage semble en avoir pour vous. Et ne peut pas concevoir que vous pourriez vous contenter d’une vie simple et tranquille. Plus d’intelligence que vous n’avez de force pour la supporter, c’est ainsi que vous vous voyez… Vous êtes fatigués, écrasés par cette ambition qu’on vous agite sous le nez comme un hochet devant un joufflu bébé récalcitrant.
Il y a une chanson de Damien Saez qui vous fait comme une claque à chaque fois que vous l’entendez ces temps-ci, tellement chacune de ses paroles ou plus vous parle. On peut notamment y entendre « usé par l’avenir ». Ca aussi, c’est tout à fait vous. Et c’est sans doute le cas de la majorité des gens, finalement. Usé par les études qu’on doit réussir. Par le travail qu’on doit trouver. Par la « bonne situation » que la société exige de nous. Par le bulletin de salaire de la fin du mois. Par ce film qui sort la semaine prochaine. Par cette chose à faire demain. Par demain. Vous avez parfois l’impression de vous battre pour demain, et que lorsque le demain est là, vous n’en profitez pas étant donné qu’il faut déjà lutter pour le lendemain.
Vous chérissez d’autant plus les instants présents dont on peut profiter sans restriction. Vos pas qui crissent dans la neige (quand il y en a). L’odeur de la pluie. Observer les oiseaux. Juste essayer d’être le soi que vous vous voulez réellement être, et non celui que vous vouliez être ou que le monde autour de vous veut que vous soyez.
Et malgré tout ce qui vous fait sourire, là, maintenant, vous avez subitement l’impression d’étouffer. La boule dans votre gorge, et cette tristesse dont vous ne trouvez pas l’origine. Cette peur de l’avenir qui arrive trop vite, comme une locomotive en contre-sens sur le pauvre cabri gambadant de votre innocence. Vous avez envie de fermer les yeux un instant, pour les rouvrir demain. Vous avez aussi envie de manger une tranche de gruyère, mais cela n’a plus grand-chose à voir avec la choucroute.
Vous voulez vivre, tout simplement. Et pour cela, il y a encore une question à laquelle vous devez répondre, et dont la dite réponse vous terrifie.
Qui êtes-vous, nom d’une chouette ?
Et pour illustrer tout ça, hop, la chanson de Saez vite trouvée par youtube(dont vous avez foiré la mise en page sur le blog, vous savez, merci) qui vous remue tant les tripes (la chanson, pas Saez; ce serait pas propre!):
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